De temps à autre, le Patrouilleur l’Auguste Bénébig ouvre son pont au public afin qu’il puisse visiter les entrailles de ce navire de la Marine Nationale. À son bord, nous avons pu rencontrer le Commandant de la zone maritime de Nouvelle-Calédonie, Denis Camelin.

Installés dans le carré des officiers, nous avons ainsi pu discuter des missions d’un Commandant. C’est toujours un privilège d’échanger avec les hauts gradés de notre flotte française, particulièrement quand on fait face à des carrières comme celle de Denis Camelin. Découvrez les quelques explications qu’il nous partage mais surtout son parcours, de plongeur démineur, au commandement de la zone maritime de notre beau Caillou.   

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Bonjour Commandant ! Merci de nous accueillir sur le Bénébig. Alors, on dit Capitaine ou Commandant ? 

Bonjour NeOcean et bienvenue sur le POM Auguste Bénébig. Dans la Marine Nationale, le titre pour les officiers supérieurs est « Commandant ». Étant capitaine de vaisseau, je suis donc Commandant – de la zone maritime – et non Capitaine. 

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Nous sommes actuellement sur le POM Auguste Bénébig. Pouvez-vous nous présenter le navire, son équipage et les missions qu’il embarque ? 

Le « Patrouilleur Outre-Mer » Auguste Bénébig est le premier POM d’une série de six navires construits pour la Marine française. Il embarque trente membres d’équipage. Je n’en suis pas le Commandant et je saisis cette occasion pour exprimer ma gratitude envers le capitaine de corvette Cabaret qui nous accueille aujourd’hui.

Il a fier allure ! © État-major des armées

Le Patrouilleur d’Outre-Mer (POM) Auguste Bénébig navigue au large de Tahiti le 14 mars 2023 aux côtés du patrouilleur Arago, avant son accostage dans la base navale de Papeete. Parti de Brest le 17 janvier 2023, ce tout nouveau bâtiment de la Marine nationale française doit arriver à Nouméa pour sa mise en service vers la mi-avril 2023.

Ces patrouilleurs ont été élaborés pour satisfaire les exigences de la Marine en matière de présence pérenne outre-mer, afin de mener à bien des missions centrées principalement sur la protection des intérêts nationaux, la sauvegarde du territoire et l’expansion de l’influence française.

Ce programme a été initié il y a plusieurs années et se matérialisera par la construction de six patrouilleurs d’outre-mer, dont deux seront positionnés à Tahiti, deux à Nouméa pour sa zone maritime et deux à La Réunion. Par conséquent, l’Auguste Bénébig est le précurseur de cette flotte. Il a été livré fin 2022, est arrivé à Nouméa en avril 2023 et a été admis au service actif le 25 juillet. 

Il est à noter que ces bâtiments portent le nom de compagnons de la Libération originaires des territoires ultramarins. Ainsi, Auguste Bénébig, ancien adjudant-chef au bataillon du Pacifique, se voit attribuer cet honneur en premier lieu, suivi du futur arrivant, le Jean Tranape, prévu pour début 2025.

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Le beau bleu de notre zone maritime © Marine Nationale

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Quelle est la différence entre un vaisseau, une frégate ou une corvette ? 

Les termes « corvette », « frégate » et « vaisseau » sont des héritages de la marine à voile, classés par ordre croissant d’importance. Par conséquent, la corvette est la plus petite, suivie de la frégate, puis du vaisseau. 

Cet ordre hiérarchique est utilisé pour désigner les grades des officiers supérieurs. Ainsi, on a le capitaine de corvette, tel que le Commandant Cabaret qui commande le POM, suivi du capitaine de frégate et du capitaine de vaisseau. Un moyen simple de s’en souvenir est de se rappeler qu’il suit l’ordre alphabétique : C-F-V.

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Vous êtes donc Commandant et Capitaine de vaisseau : comment arrive-t-on à ce poste ? Quels sont les études à suivre et les grades à « passer » ? 

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© Marine Nationale

En effet, je suis Capitaine de vaisseau mais quand on s’adresse à moi, on m’appelle Commandant. La voie royale est de faire l’École navale. Pour y entrer, il faut détenir de solides compétences en mathématiques et en sciences physiques. Il faut aussi passer par les classes préparatoires, « maths sup, maths spé », puis passer un concours d’admission dans une école d’ingénieur.

Environ soixante-dix étudiants sont admis chaque année. Après l’obtention du diplôme, ils deviennent des officiers de carrière et peuvent choisir entre différentes spécialités opérationnelles pour servir sur les bâtiments de surface, les sous-marins dans l’aéronavale ou en commando marine

Alternativement, ils peuvent opter pour des cursus axés sur la mécanique navale, l’ingénierie atomique ou la mécanique d’aéronautique. Certains officiers sont recrutés parmi ceux qui ont déjà fréquenté une école d’ingénieurs, tandis que d’autres ont commencé leur carrière en tant que matelots ou officiers mariniers et ont progressé pour devenir officiers.

Il y a également quelque chose de très important dans la Marine : au-delà du savoir-faire, il y a aussi le savoir-être. En plus des cours que vous pouvez suivre pour évoluer dans votre carrière d’officier, il y a aussi votre comportement qui est pris en compte lors des évaluations. C’est comme à l’école finalement. 

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À titre professionnel, ce n’est pas la première fois que vous êtes dans le Pacifique, c’est une sorte de retour aux sources ! Comment êtes-vous arrivé à Nouméa ? Pouvez-vous nous parler de votre carrière ? 

Je suis un ancien de l’École navale de 1989 et je me suis spécialisé dans la guerre des mines. En tant que plongeur-démineur, j’ai acquis une expertise en intervention sur engins explosifs, œuvrant dans diverses unités dédiées à cette mission.

Après avoir servi dans l’état-major spécialisé dans la guerre des mines, j’ai également eu l’opportunité de diriger à plusieurs reprises des groupes navals, communément appelés des Task Group, pour des opérations de déminage le long des côtes françaises, en particulier à Brest ou à Toulon.

J’ai consacré une grande partie de ma carrière à la guerre des mines, notamment en opérant dans le golfe Persique, une zone cruciale pour le transit de notre pétrole, où la Marine nationale est fréquemment engagée.

Parallèlement, j’ai réussi le concours de l’École de guerre, ouvrant ainsi la voie à mon service au sein de l’État-major des armées où j’ai principalement œuvré dans le domaine des relations internationales et de la maîtrise des armements.

Avant de rejoindre Nouméa, j’ai occupé un poste à la représentation française auprès de l’OTAN, chargé de défendre la position de la France et de promouvoir ses intérêts au sein de l’organisation.

Mon cursus m’a également conduit au commandement de la frégate Prairial, basée à Papeete. J’ai donc opéré pendant un an dans le Pacifique central et le long des côtes américaines. Puis j’ai servi pendant deux ans à l’État-major interarmées de l’Amiral Commandant la zone maritime du Pacifique, supervisant les opérations des bâtiments dans une vaste zone allant de Tahiti à l’Asie du Sud-Est et du Nord-Est.

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Le POM de profil © DGA

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Quelles sont vos missions quotidiennes dans vos fonctions de Commandant de la Zone Maritime de Nouvelle-Calédonie ? 

Alors en tant que commandant de la zone maritime, je suis chargé de coordonner l’action de toutes les administrations qui agissent en mer. Je suis l’assistant du Haut-Commissaire, qui est le délégué du Gouvernement pour l’action de l’État en mer.

Il est important de garder à l’esprit que dans l’organisation française, les ressources sont nécessairement limitées et il faut rechercher la coordination des moyens. Pour les opérations en mer, nous avons la Marine nationale qui est principalement chargée des interventions en haute mer. Mais il existe aussi d’autres acteurs telles que les douanes, les Affaires Maritimes et la Gendarmerie, qui disposent également de moyens d’intervention.

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Cela fait maintenant un an que vous êtes Commandant en Nouvelle-Calédonie. Quel bilan dresseriez-vous de cette année ? 

D’un point de vue action de l’État en mer, l’activité a été essentiellement centrée sur la surveillance de notre Zone Économique Exclusive (ZEE). Cette mission est menée en permanence. Les bâtiments, les avions de patrouille maritime de l’aéronavale se chargent de la réaliser.

Étant donné le calme relatif de notre zone économique exclusive (ZEE) et l’absence signalée de pêche illégale jusqu’à présent, nous étendons notre action pour soutenir nos voisins, renforçant ainsi leur capacité de surveillance de leur zone respective. Notre collaboration se fait auprès des Australiens, des Néo-Zéandais, des Américains et d’autres pays de la région. Cela se fait en coordination étroite avec la FFA – Forum Fisheries Agencies qui assure la surveillance de la pêche au profit des États insulaires du Pacifique.

En dehors de nos opérations maritimes, nous avons également été fortement impliqués dans des activités de soutien humanitaire suite à des catastrophes naturelles chez nos voisins. Le bâtiment de soutien D’Entrecasteaux, a apporté son assistance au Vanuatu en mars 2023, tandis que la Frégate Vendémiaire a fourni en août 2023 une aide similaire sur l’île autonome de Bougainville suite à l’éruption du volcan Bagana. 

Enfin, l’exercice Croix du Sud 2023 a été un entrainement majeur d’assistance humanitaire, avec la participation de plusieurs bâtiments de différentes nations, dont le porte-hélicoptère amphibie Dixmude et la frégate Lafayette, venus de Toulon, la frégate US Auckland, le patrouilleur britannique Spey, le patrouilleur fidjien et le bâtiment de soutien australien Reliance. Cette année, la Marine a été mise à l’honneur et nous avons eu le privilège d’accueillir le chef d’état-major de la Marine, l’amiral Vandier.

Croix du Sud
© NeOcean

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Pour vouloir s’engager dans la Marine, il faut avoir une relation particulière à la mer. Pouvez-vous nous raconter d’où il vient ? 

Je suis breton ! Je viens de Saint-Brieuc, des Côtes d’Armor. J’ai toujours vécu au bord de la mer. En dehors de ce lien à la mer, mon intérêt a été de servir ma patrie.

Quand j’étais en classe préparatoire, j’avais le choix entre Saint-Cyr ou l’École navale. J’ai réussi les deux mais j’ai tout de même choisi la Marine ! À cette époque de la guerre froide, il y avait, à mes yeux, beaucoup plus de choses à faire dans la Marine que dans l’Armée de Terre. Et la Marine offre beaucoup plus de possibilités de voyager, de faire des opérations extrêmement diverses.

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Quels sont vos loisirs quand vous ne portez pas les épaulettes ? 

Je suis plongeur-démineur à la base et je tiens à rester plongeur ! De ce fait, c’est aussi une de mes activités en dehors de mon travail. Toute la Calédonie recèle d’endroits magiques à voir. D’ailleurs, il reste encore beaucoup de mines dans le lagon calédonien, qui datent de l’époque de la Seconde guerre mondiale. 

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Un dernier mot avant de prendre le large ? 

Nous avons eu le plaisir d’accueillir des visiteurs sur le Bénébig et c’est une belle façon de découvrir une partie de la vie de marins !

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© État-major des armées / France

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