« Si les océans meurent, l’homme disparaitra aussi » – Capitaine Paul Watson
Pendant que l’on surveille avec attention les températures extérieures, un autre thermomètre s’affole, celui de l’océan. En mars dernier, la température de surface des mers a frôlé un record historique, selon les données de Copernicus. Et ce n’était peut-être qu’une mise en bouche, avec le retour probable d’El Niño dans les prochains mois. Mais pour comprendre ce qui est vraiment en jeu, il faut plonger un peu sous la surface…
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Un système de régulation à bout de souffle
Depuis des décennies, l’océan fait office de régulateur thermique.
“L’océan absorbe 89% de l’excès de chaleur du système planétaire » – Sophie Cravatte, océanographe physicienne à l’IRD
À titre de comparaison, l’atmosphère n’en capte qu’environ 2%, le reste étant réparti entre les sols et la fonte des glaces. En gros, sans l’océan, la planète serait déjà bien plus chaude. Mais il y a toujours un revers de la médaille… Malgré cette capacité d’absorption, cette chaleur ne disparaît pas, elle s’accumule et pas seulement en surface.
“Depuis plusieurs décennies, nous observons que toutes les couches de l’océan se réchauffent, pas seulement la couche de surface, mais également les eaux profondes à plus de 2000 mètres de fond. » – Sophie Cravatte
En parallèle, l’océan absorbe aussi une partie du CO₂ émis par les activités humaines, ce qui modifie sa chimie et entraîne une acidification progressive. Mais jusqu’où ce rôle peut-il aller ? La réponse reste incertaine. Suivant les prévisions, le réchauffement global des océans pourrait atteindre entre +1,5°C et +4°C, avec un scénario probable autour de +3°C.

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El Niño, un enfant en tempête émotionnelle
Alors pourquoi parle-t-on aujourd’hui d’un possible nouveau record ? La réponse tient en deux dynamiques qui se superposent, avec une tendance de fond liée aux émissions humaines et des variations naturelles du climat, comme El Niño et La Niña. À l’échelle globale, la tendance est sans appel. “Les années 2023 et 2024 ont été les plus chaudes jamais enregistrées dans l’océan”, rappelle Sophie. Et même lorsque les températures baissent légèrement, comme en 2025 sous l’effet de La Niña, elles restent au-dessus des niveaux passés. Plus frappant encore, le rythme du réchauffement s’accélère. Selon des données issues de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), la température de surface des océans augmente aujourd’hui 4,5 fois plus vite qu’à la fin des années 1980.
« Le déséquilibre énergétique de la Terre, causé par les gaz à effet de serre, est le moteur du réchauffement climatique » – Chris Merchant, professeur en observation des océans et de la Terre
Dans ce contexte, El Niño agit comme un amplificateur. Lors d’un El Niño, la moyenne globale des températures de surface de l’océan est plus élevée. Et comme un épisode est attendu dans les prochains mois, les scientifiques anticipent de nouveaux records à court terme. Mais cette mécanique globale ne s’applique pas partout de la même manière. En Nouvelle-Calédonie par exemple, El Niño est généralement associé à des températures océaniques plus fraîches, tandis que La Niña les réchauffe. Un paradoxe local dans un système global en surchauffe.
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Océan, chef d’orchestre
Le problème n’est pas seulement que l’océan se réchauffe, c’est aussi ce que ce réchauffement déclenche… Premier signal : les canicules marines, dont leur nombre a doublé depuis 1982. Et la tendance se vérifie aussi dans le Pacifique, y compris autour de la Nouvelle-Calédonie. Ces épisodes de chaleur extrême sous l’eau ont des conséquences importantes, entre blanchissement des coraux, prolifération d’algues toxiques, mortalité d’espèces marines. À plus grande échelle, les effets s’enchaînent : montée du niveau de la mer (liée à la dilatation de l’eau et à la fonte des glaces), intensification des cyclones, épisodes de pluies plus extrêmes. Un océan plus chaud, ce n’est pas juste un chiffre, c’est aussi un effet boule de neige…
“Cela bouleverse complètement l’équilibre climatique et les interactions entre l’océan et l’atmosphère” – Sophie Cravatte


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Si les océans meurent, l’homme disparaitra aussi
Comment suivre l’évolution de cette situation ? Pour Sophie Cravatte, deux indicateurs se démarquent : les records de température globale et la multiplication des canicules marines. Des signaux à la fois simples à comprendre et révélateurs de transformations profondes. L’effet boule de neige : si l’océan vient à saturer, c’est tout l’équilibre climatique qui pourrait basculer…
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