Molle et peu appétissante à première vue, l’holothurie n’a rien d’un animal lambda. Séchée et exportée vers l’Asie, cette bêche de mer s’arrache à prix d’or sur les marchés asiatiques. Une aubaine pour la Nouvelle-Calédonie, qui voit dans ce concombre de mer une filière à fort potentiel, mais à condition de la protéger… Car entre relance économique, réglementation renforcée et braconnage international, l’holothurie cristallise à elle seule tous les enjeux de la gestion du lagon calédonien.

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Un trésor calédonien

Sous ses airs de grosse limace immobile, l’holothurie cache un petit savoir-faire de transformation. Une fois pêchée, elle est incisée, vidée, salée puis cuite, avant de subir plusieurs phases de séchage ou de fumage. Elle devient alors un produit dur comme la pierre qui perd jusqu’à 90% de son poids d’origine, très prisée des gourmets asiatiques. Historiquement, la ressource a pesé lourd dans l’économie calédonienne. D’après le rapport d’opération de ZONÉCO « État et gestion de la ressource en holothuries de la Grande Terre, Nouvelle Calédonie », en 2007, la valeur déclarée des exportations d’holothuries dépassait deux fois celle du thon, la classant au deuxième rang des exportations de produits de la mer du territoire. Mais la ressource s’est raréfiée depuis ! Les volumes exportés ont nettement reculé au fil des années et, en 2020 encore, les exportations calédoniennes de produits de la mer (notamment d’holothuries et de thons) étaient en recul de 8,4%.

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Et bon appétit surtout ! © Canva

Face à cette fragilité, l’encadrement international s’est renforcé. En août 2019, trois espèces d’holothuries à mamelles ont été inscrites à la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), une proposition portée notamment par l’Union européenne. Depuis août 2020, leur commerce international est donc soumis à permis, au même titre que les autres espèces menacées. À Touho, en province Nord, un élevage est d’ailleurs porté depuis 2021 par la pêcheuse professionnelle Marie-Renée Pabouty. En parallèle, plusieurs études de terrain ont été effectués sur des zones du territoire pour mesurer précisément l’état des stocks. La collecte reste par ailleurs encadrée par des tailles minimales de capture et des permis obligatoires.

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Une filière bien encadrée

Pour accompagner cette relance sans rejouer les erreurs du passé, la Nouvelle-Calédonie a récemment muscler son arsenal réglementaire. Fin mai 2026, le Congrès a adopté une loi du pays modernisant l’exercice professionnel de la pêche, avec l’ambition de mieux structurer et contrôler le secteur. 

« On reprend le statut de patron pêcheur. Il y a dans cette loi du pays des niveaux d’amende qui sont à appliquer, avec une nécessité de contrôle. » – Adolphe Digoué, membre du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie en charge de la pêche

Adolphe Digoué précise également que l’obtention d’une autorisation de pêche sera soumise à plusieurs conditions, dont le détail sera fixé ultérieurement par un arrêté du gouvernement. Ce cadre réglementaire vise notamment à aligner la Nouvelle-Calédonie sur les standards internationaux. En adoptant des critères reconnus, le territoire renforce sa crédibilité auprès des organisations régionales de gestion des pêches, comme la commission des pêches du Pacifique et l’agence des pêches du Forum des îles du Pacifique, facilitant ainsi sa reconnaissance au sein de ces instances. Une manière aussi de crédibiliser la Nouvelle-Calédonie face à nos voisins du Pacifique, à l’heure où la gestion durable des ressources halieutiques devient un critère de poids dans les instances régionales.

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Il cache bien son jeu en tout cas © Canva

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La menace des « blue boats »

Si la ressource attire aujourd’hui les investisseurs légitimes, elle a aussi longtemps attisé les convoitises illégales. Entre 2016 et 2021, la Nouvelle-Calédonie a dû composer avec l’intrusion récurrente de bateaux de pêche vietnamiens, surnommés les « blue boats » en raison de leur coque bleue, venus braconner l’holothurie dans une zone économique exclusive (ZEE) de 1,3 million de kilomètres carrés, devenue trop vaste pour être surveillée en permanence.

« C’est un phénomène que nous observons depuis environ neuf mois, 70 bateaux ont été identifiés, 55 verbalisés et 5 ont été arraisonnés. » – Jean-Louis Fournier, commandant de la zone maritime en Nouvelle-Calédonie, en 2017 (L’Express Maurice « Les holothuries, le trésor convoité des eaux de Nouvelle-Calédonie »)

À l’époque, cinq capitaines vietnamiens purgeaient des peines de huit à dix mois de prison, plusieurs tonnes d’holothuries avaient été saisies et une trentaine de matelots renvoyés au Vietnam. Le phénomène n’est d’ailleurs pas resté cantonné à cette période, avec des interceptions de « blue boats » qui ont régulièrement eu lieu au fil des années suivantes dans les eaux du Parc naturel de la mer de Corail, de la province Nord et des Îles Loyauté. Partant des côtes vietnamiennes, ces navires parcouraient plusieurs semaines en mer dans des conditions précaires avant de rejoindre les eaux calédoniennes, où ils se livrent à ces activités de pêche illégale, principalement dans le nord de la ZEE. Cette présence a suscité l’inquiétude et l’exaspération des professionnels locaux, qui dénonçaient une exploitation illicite des ressources marines et appelaient à un renforcement des moyens de surveillance et de contrôle. Mais depuis, la mobilisation diplomatique a porté ses fruits ! Dès octobre 2017, l’Union européenne avait sanctionné le Vietnam d’un « carton jaune » pour son absence de politique de lutte contre la pêche illégale, poussant Hanoï à durcir sa réglementation. Le phénomène s’est ainsi nettement tari, jusqu’à s’éteindre. D’après un article de Demain en Nouvelle-Calédonie datant de mars 2025, les derniers « blue boats » vietnamiens interceptés en Nouvelle-Calédonie ont été démantelés en 2021.

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Entre pactole et vigilance

L’holothurie résume à elle seule le grand écart calédonien : une ressource à fort potentiel économique capable de diversifier durablement l’archipel, mais qui reste vulnérable à la surpêche et qui a dû, entre temps, composer avec des filières de braconnage bien organisées. 

Entre la relance par l’élevage portée depuis la province Nord, le renforcement du cadre légal voté au Congrès et la vigilance qu’exige encore la surveillance de la ZEE, la Nouvelle-Calédonie tente de transformer cette ressource en solide filière d’avenir, sans se laisser déborder par son succès…

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