Plongée, trail, cata, apnée, kite, pêche au harpon, parachute, Va’a, kayak, régate… La Nouvelle-Calédonie est un trésor pour les amoureux de la nature. Une nature resplendissante et unique au monde que l’on peut approcher grâce aux savoir-faire de multiples prestataires engagés qui nous font découvrir leurs passions. Dans cette série d’articles, la rédac’ mène l’enquête et part à la découverte des activités les plus folles du Caillou. On vous raconte…

À quelques pas seulement de l’agitation du centre-ville de Nouméa, la Maison Higginson semble pourtant hors du temps. Il faut presque la chercher cette vieille bâtisse blanche. Derrière les portes, c’est l’exposition « Graveurs sur nacre » attend la rédac’. La Ville de Nouméa y dévoile un pan méconnu de l’histoire calédonienne, avec plus de trois cents coquillages gravés réunis, constituant aujourd’hui la plus grande collection publique au monde consacrée à cet art singulier du bagne. Mais au fil des salles, l’exposition raconte bien plus qu’une technique ou un savoir-faire. On attrape une loupe (elle nous sera utile) et on commence…

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Le bagne devient atelier

Le mot « bagne » évoque immédiatement la souffrance, les chaînes, les travaux forcés. Pourtant, l’exposition montre une autre réalité plus inattendue. Celle d’hommes qui au cœur d’un quotidien brutal, ont aussi créé. Pour survivre, les condamnés développent ce que l’on appelait « la débrouille ». Une économie parallèle faite de petits trafics, d’échanges et d’artisanat. Dans cet univers carcéral naît la « camelote », ces objets fabriqués par les forçats à partir de bois, d’os, de coco et surtout de nacre. Très vite, les coquillages du lagon deviennent leur support d’expression.

À mesure que l’on avance dans l’exposition, les gravures se dévoilent dans toute leur finesse. Des paysages, des fleurs, des figures mythologiques, des scènes religieuses, mais aussi des villages français, des ports, des femmes élégantes ou encore des représentations kanak recouvrent les surfaces nacrées. Certaines œuvres frappent par leur beauté, d’autres par ce qu’elles semblent tenter de dire à demi-mot. Car derrière les motifs décoratifs se cache souvent la nostalgie d’une France devenue inaccessible. Certains mots gravés sur des pièces, comme « Souvenir », « Va où je voudrais être », prennent soudain une résonance particulière. La censure faisait rage et ne permettait pas aux forçats d’exprimer leur souffrance. Les voilà donc à contourner les interdits en glissant leurs émotions dans des symboles, des références religieuses ou des paysages lointains. Face à ces coquillages, on oublie presque les matricules et les condamnations. Les forçats retrouvent des visages, des sensibilités, des rêves.

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En route mauvaise troupe ! © NeOcean

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La nacre comme seconde peau

Nous voilà monter les quelques marches qui nous amènent à l’étage, là où sont rassembler les plus belles pièces ! La lumière se reflète sur les coquillages et révèle des détails invisibles au premier regard. C’est LÀ que la loupe entre en scène ! Un nautile entièrement ajouré ressemble à de la dentelle, des volutes florales entourent des portraits minuscules ; plus loin, des scènes de vie kanak apparaissent dans un enchevêtrement de gravures d’une précision folle.

L’exposition devient presque technique. On découvre le travail minutieux nécessaire pour transformer un simple coquillage en œuvre d’art. Les cameloteurs recouvraient parfois les coquilles de cire chaude avant d’utiliser de l’acide pour révéler la nacre, puis gravaient les derniers détails à l’aide de pointes sèches ou de petits ciseaux. Une matière fragile et difficile à maîtriser, mais dont ils ont tiré des créations d’une incroyable richesse. L’exposition parvient ainsi à identifier plusieurs artistes anonymes à travers leurs habitudes graphiques, leurs motifs récurrents ou leur manière de dessiner les visages.

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Visage retrouvé pour les oubliés

Au fil de la visite, quelque chose change dans notre regard. Au départ on admire surtout leur beauté, puis peu à peu ce sont les hommes derrière les coquillages qui apparaissent. L’exposition ne cherche jamais à effacer leurs crimes ni à romantiser le bagne. Elle montre simplement la réalité d’hommes capables de violence mais aussi de création. Des condamnés devenus artistes malgré eux dans un univers où fabriquer, dessiner ou graver représentait une manière de tenir debout. Parmi eux, on retient un nom, celui de Jacques Joseph Dintroux. Assassin récidiviste au lourd passé judiciaire, il devient pourtant l’un des graveurs les plus prolifiques du bagne calédonien. 

En quittant la Maison Higginson, ce ne sont finalement pas seulement les coquillages que l’on retient. Ce sont les traces laissées par ces hommes oubliés, leurs gestes minutieux, le temps passé à graver la nacre dans la chaleur du bagne, les fragments de vie qu’ils ont laissés derrière eux sans imaginer qu’un siècle plus tard, quelqu’un s’arrêterait devant leurs œuvres….

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Un voyage dans le temps…

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On reviendra ! © NeOcean

Rarement une exposition aura autant réussi à mêler histoire, émotion et contemplation. « Graveurs sur nacre » ne se contente pas d’exposer de beaux objets, elle raconte une part méconnue du patrimoine calédonien à travers des œuvres humaines. On y découvre autant l’histoire du bagne que celle d’hommes cherchant dans l’art, une échappatoire à leur condition. Alors venez, vous aussi, pousser les portes de la Maison Higginson…

Informations : 

  • Maison Higginson – 7 Rue de Sebastopol, Nouméa
  • Visites libres : du mercredi au vendredi de 12h à 17h. Le samedi de 10h à 17h.
  • Visites « coup d’œil » : les premiers jeudis du mois, de 16h15 à 17h.
  • Visites guidées thématiques : les derniers samedis du mois, de 10h à 11h30.
  • 24 49 29 / 24 84 17
  • mediations.culture@ville-noumea.nc
  • Les visites et les médiations sont gratuites.

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