Érosion du littoral, sécheresses, incendies, dégradation des récifs coralliens, tensions sur les ressources en eau, etc. Le changement climatique n’est plus une menace lointaine pour la Nouvelle-Calédonie… Face à ces défis, faut-il systématiquement construire davantage d’infrastructures pour protéger les populations ? Depuis 2022, le projet régional Kiwa PEBACC+ a choisi de contre-attaquer en s’appuyant sur les écosystèmes eux-mêmes pour renforcer la résilience des territoires.
À travers plusieurs démonstrateurs menés à Ouvéa, à Kouaoua et dans le Grand Nouméa, le programme a testé différentes Solutions fondées sur la Nature. Alors que le projet entre dans sa dernière ligne droite avant sa clôture prévue en janvier 2027, les premiers résultats font leur apparition ! Francois Tron, coordinateur du projet, nous en dit plus.
Ce projet est mis en oeuvre par le le SPREP / PROE avec un cofinancement de l’initiative Kiwa et du Fonds Français pour l’Environnement Mondial, en étroite collaboration avec les collectivités locales.
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Tout problème a sa solution
Le projet Kiwa PEBACC+ repose sur le simple principe de restaurer ou renforcer les écosystèmes afin qu’ils jouent pleinement leur rôle de protection face aux effets du changement climatique. À Kouaoua, l’enjeu principal concernait la sécurisation des ressources en eau. Pour y répondre, plusieurs actions complémentaires ont été mises en œuvre, entre régulation des cerfs envahissants, amélioration de la maîtrise du feu, agroforesterie, hydrologie régénérative et suivi participatif des ressources en eau. Parmi les résultats les plus marquants figure la campagne de régulation des cerfs, une performance impressionnante qui met en lumière l’ampleur du défi.
« Les douze agents de régulation ont prélevé (en 80 jours de travail chacun) plus de mille cerfs, essentiellement sur 2 200 hectares, ce qui est tout à fait remarquable. Pourtant, l’abondance relative des cerfs n’a pas diminué significativement. » – François Tron, coordinateur du projet Kiwa PEBACC +
Cette situation illustre l’impact considérable des cerfs sur les écosystèmes. En dégradant le sous-bois et les sols, ils aggravent l’érosion, favorisent le ruissellement et fragilisent les ressources en eau avec des conséquences directes sur les risques d’inondation, de sécheresse ou encore sur la santé publique. Dans le Grand Nouméa, le projet s’est notamment intéressé aux mangroves. L’une des actions menées consistait à dégager les embâcles qui obstruaient certains chenaux.
« Caledoclean a déblayé les embâcles des chenaux de mangroves, renforçant ainsi le rôle de filtre à sédiments et polluants des mangroves. Il s’agit d’une action particulièrement simple, rapide, efficace et peu chère pour contribuer à la qualité de l’eau dans le lagon et à la conservation des récifs coralliens. » – François Tron, ne retient que le positif
Immédiatement après les travaux, les premiers résultats sont déjà visibles ! Le débit de l’eau dans les chenaux s’est amélioré et les populations de poissons semblent plus importantes. Une évolution qui témoigne du retour progressif des fonctionnalités naturelles de l’écosystème. Le projet a également permis d’expérimenter différentes techniques de lutte contre l’érosion côtière. À Ouvéa comme dans le Grand Nouméa, fascines en feuilles de cocotier, cordons pierreux et plantations ont été installés afin de drainer l’érosion du littoral. Et là aussi, les observations sont encourageantes.
« Nous avons constaté une longévité remarquable des cordons pierreux avec une accrétion des sédiments en haut de plage derrière ces installations. Une strate de germination spontanée importante s’est développée et les aménagements ont bien résisté aux événements météo-marins depuis deux ans. » – François Tron
Des résultats d’autant plus intéressants que ces dispositifs sont bien moins coûteux que des ouvrages lourds de protection du littoral.

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Nous sommes notre propre ami
« Lorsque l’on apporte aux communautés locales un soutien technique et des moyens financiers, même modestes, leur mobilisation est très forte et leur capacité d’innovation remarquable : on passe très vite d’une situation de victime à une posture d’acteurs impliqués et convaincus. » – François Tron, plus impliqué et convaincu que jamais
Au-delà des aspects techniques, un autre enseignement du projet concerne peut-être la mobilisation humaine qu’il a suscitée. Pour François Tron, la réussite des démonstrateurs repose avant tout sur l’implication des communautés locales. À Kouaoua, cette dynamique s’est traduite par une forte implication des habitants, des chasseurs, des référents coutumiers et des collectivités locales. Les populations ont rapidement établi des liens entre la dégradation des bassins versants, la prolifération des cerfs, les incendies et la qualité de l’eau. Le projet a également permis de faire émerger des initiatives locales, comme par exemple à Kouaoua, où des règles d’usage du feu ont été élaborées par des jeunes avant d’être validées et signées par les conseils de clans. Cette démarche témoigne de la capacité des communautés à construire elles-mêmes des réponses adaptées à leurs réalités.
À Ouvéa, la restauration de la végétation littorale a également suscité une forte adhésion. Associations, jeunes, pépiniéristes et habitants se sont mobilisés autour des plantations et de la production de plants. Selon François Tron, ces actions présentent un avantage majeur : elles sont facilement compréhensibles et rapidement visibles. Les changements observés concernent aussi certaines pratiques du quotidien. En effet, dans plusieurs secteurs, les habitants ont progressivement compris qu’une végétation littorale dense constitue une protection naturelle contre l’érosion et ont donc adapté leurs méthodes d’entretien du bord de mer.


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Avançons main dans la main
Si les premiers résultats sont encourageants, les porteurs du projet rappellent quand même que les Solutions fondées sur la Nature s’inscrivent sur le long terme.
« Dans un mode projet sur deux ou trois ans, la démonstration de l’efficacité ne peut se faire que sur des indicateurs et résultats intermédiaires. Un écosystème fonctionnel nécessite au moins cinq à dix ans pour être restauré. » – François Tron
En gros, le principal défi n’est plus vraiment de prouver que ces solutions fonctionnent, mais de leur permettre de changer d’échelle. Les populations locales, les associations, les consultants ou encore les techniciens des collectivités se sont fortement investis dans les différentes actions. Tous sont prêts à gravir les échelons ! Mais c’est plus nuancé lorsqu’il s’agit des institutions…
« De nombreux agents de niveau hiérarchique bas à moyen se sont impliqués de manière très engagée, mais mobiliser les décideurs de rang supérieur s’est avéré extrêmement difficile. » -François Tron, veut rassembler tout le monde
Selon lui, les cloisonnements entre services et institutions freinent encore l’intégration de ces approches dans les politiques publiques. Pourtant, les enjeux dépassent largement le seul domaine environnemental. L’adaptation fondée sur les écosystèmes touche aussi à l’eau, à la santé, à la prévention des risques naturels, au tourisme, à l’emploi ou encore au développement économique. François Tron plaide ainsi pour la mise en place de financements pérennes permettant d’inscrire ces actions dans la durée. À ses yeux, la Nouvelle-Calédonie dispose aujourd’hui d’une véritable opportunité stratégique.
« Saisir cette opportunité permettrait de créer des centaines, voire des milliers d’emplois avec de très forts impacts positifs sur de nombreuses politiques publiques : jeunesse, santé, tourisme, gestion des risques naturels, biodiversité ou encore eau. » – François Tron, qui ne désespère pas

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À suivre…
Après quatre années d’expérimentation, Kiwa PEBACC+ laisse entrevoir une belle et forte conviction, celle que les Solutions fondées sur la Nature ne relèvent plus du simple concept théorique. Des mangroves restaurées aux actions de lutte contre l’érosion, en passant par la sécurisation des ressources en eau à Kouaoua, les démonstrateurs ont permis de tester des méthodes solides, accessibles et reproductibles.
L’enjeu se situe maintenant ailleurs… Les solutions sont là, les acteurs locaux se sont mobilisés et les premiers résultats sont visibles. Il reste aux institutions à déterminer les moyens qu’elles souhaitent investir dans ces infrastructures naturelles, au service des population et de la résilience du pays ; une réponse à la hauteur des défis climatiques auxquels la Nouvelle-Calédonie est déjà confrontée.
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