Sous les nuages depuis plusieurs semaines, on se demande tous où le soleil est passé…
Difficile de l’ignorer habituellement, il est toujours là, omniprésent. Et quand on parle d’énergie, c’est à lui qu’on pense. Le photovoltaïque s’impose de plus en plus sur les toits de nos maisons, alimenté par un ensoleillement quasi quotidien. Mais autour du Caillou, un autre élément encore plus présent que le soleil reste encore moins exploité : l’océan.
Entre les courants, les vagues, les différences de température ; la mer regorge de ressources capables de produire de l’électricité. À l’échelle mondiale, les énergies marines renouvelables (EMR) restent encore peu développées mais ont pourtant un grand intérêt qui ne cesse de croitre. Alors ici, en Nouvelle-Calédonie, pourrions-nous aller chercher une partie de notre énergie sous la surface ? Promesse d’avenir ou fantasme bleu…
__
La Nouvelle-Calédonie a plusieurs cartes à jouer
Derrière les « énergies marines renouvelables », il n’y a pas une seule solution, mais plutôt un éventail de technologies. Certaines utilisent les courants, comme l’hydrolien (des éoliennes sous l’eau). D’autres s’appuient sur la houle et son énergie houlomotrice qui transforme le mouvement des vagues en énergie électrique. Et puis s’ajoutent à cela des technologies plus rares mais qui ont pourtant leur lot de promesses, comme l’énergie thermique des mers (ETM), qui exploite la différence de température entre la surface et les profondeurs. L’océan c’est un peu un couteau suisse capable de produire une énergie renouvelable, complémentaire de ce qu’on utilise déjà.
Sur le papier, la Nouvelle-Calédonie a plusieurs atouts dans sa manche… Certaines zones sortent même du lot. Les passes de la Havannah ou de Mouli par exemple, offrent des courants marins intéressants pour l’hydrolien. Du côté de l’Île des Pins ou de Maré, la houle ouvre des pistes pour capter l’énergie des vagues. Quant à l’énergie thermique des mers, elle pourrait théoriquement s’appuyer sur le contraste entre les eaux chaudes de surface et les eaux froides en profondeur, bien présent sur le territoire.
« Je pense que les énergies marines peuvent devenir une réalité, à travers une réserve stratégique de diversification, à moyen et long terme. Mais la situation mondiale actuelle sur l’énergie montre que tout peut s’accélérer dans un sens comme dans l’autre… » – Jean-Christophe Rigual, Directeur adjoint de l’Agence calédonienne de l’énergie

__
Miser, mais à quel prix ?
Sur le papier, ça peut faire rêver. Mais dans les faits, c’est un peu plus compliqué que ça. La plupart des technologies, notamment le houlomoteur, sont encore en phase de recherche et développement. On reste loin du niveau de maturité du soleil ou de l’éolien terrestre. Et puis il y a la mer elle-même… Entre corrosion, pression, biofouling, etc. l’environnement marin est particulièrement exigeant, et installer du matériel là-dedans (et surtout le faire durer) reste complexe et coûteux. Des solutions comme le SWAC (climatisation par eau profonde) sont déjà utilisées ailleurs, mais en Nouvelle-Calédonie, la configuration du territoire complique un peu les choses… Aujourd’hui, la place des énergies marines dans la stratégie de la Nouvelle-Calédonie reste dérisoire. Elles sont plus vues comme un joker qu’une priorité. Le soleil reste largement en tête de course, et pour cause, il est plus simple à déployer, plus rentable et déjà bien plus intégré.
« L’essentiel de la stratégie énergétique repose sur les ENR terrestres avec la production photovoltaïque en tête. » – Jean-Christophe, plaçant le photovoltaïque en tête de liste

Au-delà des contraintes techniques et économiques, une autre question se pose, celle de l’environnement. On le sait tous, le lagon de Nouvelle-Calédonie, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est l’un des plus riche du monde. Impossible d’imaginer des installations en mer sans mesurer leurs impacts. Bruit sous-marin, perturbations des habitats ou des interactions avec la faune ; à l’échelle internationale, ces enjeux sont encore en cours d’étude. C’est un réel enjeu pour le Caillou, la préservation du milieu marin est indissociable de tout projet de développement !
__
Se coucher ou continuer de miser ?
Si les énergies marines ne sont pas une priorité aujourd’hui, elles ne sont pas mises de côté pour autant. Elles représentent plutôt une réserve pour plus tard, utile dans un contexte énergétique mondial en constante évolution. Car dans ce domaine, tout peut aller très vite. Innovations technologiques, crises, nouvelles réglementation ; les équilibres peuvent changer rapidement. L’Agence calédonienne de l’énergie l’a dit : « tout peut s’accélérer dans un sens comme dans l’autre… ». Une vérité qui pourrait, à terme, redistribuer les cartes en faveur des énergies marines.
En attendant, la transition énergétique maritime est déjà en marche, mais pas forcément là où on l’attend. Hydrogène, e-méthanol, motorisations électriques, solutions de recharge à quai, ou encore propulsion vélique ; ce sont autant de pistes qui se multiplient pour réduire l’empreinte carbone du transport maritime.
__
La partie ne fait que commencer…
Les énergies marines font rêver autant qu’elles interrogent. Mais en Nouvelle-Calédonie, on est encore au stade de l’exploration. Le potentiel est là, mais il reste limité, localisé et dépend encore de nombreuses avancées. À court terme, elles ne viendront pas bouleverser le paysage énergétique actuel. Mais un coup de poker est vite arrivé ! À plus long terme, elles pourraient devenir une nouvelle pièce du puzzle, dans un contexte où la diversification des sources d’énergie devient essentielle. Alors non, le lagon n’est pas encore une centrale électrique, mais dans un monde en quête de solutions durables, il pourrait bien, un jour, être la clé ! Et là, ce serait le jackpot…
__

