Sur les îlots situés au large de Ouano à La Foa comme sur ceux de Touho, un même petit individu fragilise tout un écosystème : le rat. Plusieurs associations telles que la Société Calédonienne d’Ornithologie (SCO) ou Hô-üt, mènent chacune leur bataille contre ce nuisible. L’une débute sa dératisation, tandis que l’autre en gère l’après, cinq ans plus tard. Deux temps d’un même combat, soutenu par le Fonds de la Nouvelle-Calédonie en soutien aux associations œuvrant pour la biodiversité, mis en place par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et l’Agence néo-Calédonienne de la Biodiversité (ANCB).

Il suffit d’un rongeur passé clandestinement à bord d’un bateau pour faire, en quelques mois, des dégâts sur un îlot. Les rats introduits (noirs, du Pacifique, parfois la souris grise) ne gênent pas uniquement les campeurs de passage. Ils dévorent les œufs et les poussins des oiseaux marins qui nichent au sol, grignotent les graines et les jeunes pousses des forêts sèches et s’attaquent aux geckos et scinques endémiques qui n’existent nulle part ailleurs. Sur des surfaces aussi réduites qu’un îlot, l’effet est disproportionné, car en l’absence de refuge alternatif, une espèce peut disparaître localement en quelques saisons de prédation…

C’est tout l’enjeu des projets Revital’Isié, porté par la SCO sur l’île d’Isié à La Foa, et Les Gardiens des îlots, mené par Hô-üt sur les îlots Camille et Sapin à Touho.

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Deux projets, une bataille

Sur Isié, au large de Ouano, la SCO a préparé une grosse opération ! Après un comptage participatif des terriers de puffins du Pacifique (la dernière estimation, en 2014, en recensait environ 20 000) la dératisation complète de l’îles’est déroulée sur deux dates, les 22 août et 5 septembre 2026. L’opération s’inscrit dans un projet plus large mêlant élimination des cerfs et restauration de la forêt sèche et de la mangrove. Elle est portée collectivement avec les coutumiers de Ouano, le Collectif Ouano Ô Naturel et le Conseil de l’eau de La Foa, Farino et Sarraméa, avec l’appui de la mairie de La Foa et de la province Sud.

À Touho, ça a déjà bien commencé aussi ! Les îlots Camille et Sapin ont été dératisés au raticide en 2020-2021 puis en 2023, en partenariat avec les gardes-nature de la province Nord, pour protéger notamment le puffin du Pacifique, la sterne diamant et le gecko endémique Bavayia cyclura, classé « En Danger ». Depuis, aucun signe de présence de rongeurs n’a été détecté sur les deux îlots. Mais pour Hô-üt, cette épopée ne s’arrête pas à l’éradication ! C’est là que commence Les Gardiens des îlots, le volet de suivi qui doit garantir que ce résultat dure.

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Après la dératisation, c’est là que tout commence

« Une éradication réussie nécessite ensuite une surveillance régulière et une vigilance sur les risques de réintroduction. » – Amaury Durbano, animateur de l’association Hô-üt. 

Une cinquantaine de stations d’appâtage ont été installées entre 2023 et 2025 sur le pourtour des deux îlots : 25 à Camille, 25 à Sapin. Chaque mois depuis août 2025, les membres de l’association les inspectent, vérifient si les appâts ont été consommés et les rechargent si nécessaire. Un dispositif pensé pour détecter le plus tôt possible toute réintroduction. Car le risque ne disparaît jamais complètement. 

« Le principal risque de réintroduction vient selon nous des embarcations des plaisanciers et des pêcheurs. Il suffit qu’un rat se soit réfugié à bord pour qu’il puisse potentiellement débarquer ensuite sur un îlot. » – Amaury Durbano

Les bénéfices, eux, sont déjà tangibles pour les habitants de Touho. 

« Plusieurs habitants nous ont interpellés à la suite des missions de dératisation pour nous dire que c’était désormais un vrai plaisir de camper sur l’îlot Camille. Avant la dératisation, il y avait énormément de rats : le temps de faire le tour de l’îlot et la baguette de pain avait déjà disparu ! » – Amaury Durbano

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Un soutien indéfectible

Ni la mobilisation citoyenne à Isié ni le suivi sur la durée à Touho ne seraient possibles sans un financement stable. L’ANCB, à travers le Fonds de la Nouvelle-Calédonie en soutien aux associations œuvrant pour la biodiversité, soutient les deux projets : le volet dératisation d’Isié pour la SCO, le suivi post-éradication pour Hô-üt.

« Le soutien de l’ANCB nous a permis de disposer des moyens financiers nécessaires pour assurer la continuité du suivi dans le temps. Il a notamment permis de financer le temps de travail de l’animateur lors des missions, les repas, les déplacements en mer et à terre, ainsi que du matériel nécessaire au suivi : matériel de camping, pièges mécaniques, stations d’appâtage, pièges photographiques. » – Amaury Durbano

Sans cet appui, l’association aurait eu bien du mal à assurer une présence régulière sur les îlots et donc à garantir que la dératisation de 2020 et 2023 tienne dans la durée.

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Toujours à l’affût

Isié n’en est qu’au début de son chemin ; Camille et Sapin montrent où il mène. Cinq ans après leur dératisation, ces deux îlots restent sous surveillance mensuelle, preuve qu’une éradication n’est jamais un aboutissement définitif, mais le début d’une vigilance de tous les instants. Une leçon que la SCO pourra méditer lorsque les premiers rats auront disparu d’Isié. Le plus dur, souvent, commence après… 

Mais cette vigilance ne repose pas uniquement sur les associations ! Plaisanciers, pêcheurs, campeurs… Tous ceux qui posent le pied sur un îlot dératisé en deviennent les gardiens !

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