« Sous l’océan, sous l’océan… »

… un câble de 400 kilomètres s’apprête à relier deux territoires insulaires. À première vue, rien d’exceptionnel, les câbles sous-marins transportent déjà l’immense majorité du trafic Internet mondial. Mais ne vous fourvoyez pas, celui-ci pourrait bien proposer une petite révolution. Son p’tit nom, c’est Tamtam ! Ce câble en fibre optique reliera bientôt le Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie.

Son p’tit truc en plus, c’est qu’en plus de transporter des données numériques, il sera équipé des capteurs scientifiques, là pour savoir un peu ce qui se passe au fond de l’océan. Entre température, pression, mouvements sismiques ; ce sont autant d’informations précieuses pour mieux comprendre la planète et anticiper certains risques naturels. Une manière de transformer une infrastructure numérique en observatoire océanique.

Et pour les plus geek d’entre vous, on parle aussi de Tamtam chez NeoTech !

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Tu me fais un partage de co ?

Dans l’imaginaire collectif, Internet flotte encore quelque part dans le « cloud ». En réalité, il repose sur un réseau de fibres optiques posé au fond des océans. Pas de câbles, pas de connexion. 

« On parle de plus de 95 % du trafic Internet qui passe par un câble sous-marin. Donc c’est stratégique et pas que pour le Pacifique, pour tout le monde. Car aujourd’hui si on veut internet il faut des câbles sous-marins. » – Jérôme Aucan, responsable du Centre des sciences océaniques de la Communauté du Pacifique

Et non, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les satellites ne peuvent pas remplacer ces infrastructures.

« Les gens qui vont répondre aujourd’hui qu’il y a Starlink… en fait Starlink ne servirait à rien s’il n’y avait pas les câbles. Starlink sert de relais entre l’utilisateur et une station terrestre, et la station terrestre est branchée sur des câbles qui permettent d’aller chercher le reste du monde. Donc sans câble sous-marin il n’y a pas d’Internet. » – Jérôme Aucan, la Star du net

Selon Benoît Maritan, directeur général de Pacific Peering, si on se place du côté du Vanuatu, ce câble a un double objectif : sécuriser les télécommunications de l’île d’Efate et apporter l’Internet haut débit à trois îles qui en sont dépourvues (TanaMalekula et Santo). Pour la Nouvelle-Calédonie, cela permettra d’apporter un nouveau client à l’OPT et de développer un hub numérique international pour le territoire !

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Savoir faire deux choses en même temps

Mais la vraie particularité de Tamtam ne se situe pourtant pas dans sa fonction de télécommunication. Le câble fera partie des premiers SMART cables (Science Monitoring And Reliable Telecommunications) au monde. En gros, c’est un câble hybride capable à la fois de transporter des données numériques et de collecter des données scientifiques. Techniquement, un câble sous-marin est ponctué de répéteurs placés tous les cent kilomètres environ pour amplifier le signal.

« Au niveau de ces répéteurs, on a de l’électricité qui arrive et l’accès à la fibre. L’idée du SMART cable, c’est d’installer des capteurs océanographiques au niveau de ces répéteurs » – Jérôme Aucan, connecté à l’océan

Ces capteurs permettront de mesurer trois paramètres clés :

  • la température de l’océan
  • la pression, qui permet de mesurer le niveau de la mer
  • l’accélération, qui joue le rôle de sismomètre

« Tamtam ne sera pas le premier, mais de peu après celui installé au large du Portugal. Sinon, c’est vraiment une première mondiale. C’est la première fois qu’un câble de télécommunication est posé avec des capteurs scientifiques. » – Jérôme Aucun, le compétiteur

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La ribambelle de câble sous-marin © TeleGeography

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Alerte tsunamis !

Si les scientifiques s’intéressent autant à ce câble, c’est aussi parce qu’il sera posé dans une zone géologique particulièrement active. La liaison traversera la frontière entre deux plaques tectoniques : la plaque australienne et la plaque pacifique.

« C’est une limite de plaque. La plaque australienne sur laquelle on est s’enfonce sous la plaque pacifique où est le Vanuatu. C’est une des zones les plus actives au niveau sismique du monde. » – Jérôme Aucan, les fesses entre deux plaques 

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Notre cher « petit » tamtam
© TeleGeography

Un emplacement stratégique pour mieux surveiller les séismes et donc les tsunamis. L’effet domino… Aujourd’hui, les systèmes d’alerte reposent principalement sur les sismomètres terrestres et sur des modèles de propagation. Grâce aux capteurs installés directement au fond de l’océan, la situation pourrait ainsi changer ! L’outil pourrait bénéficier non seulement à la Nouvelle-Calédonie et au Vanuatu, mais aussi à d’autres pays de la région comme les Tonga, les Îles Salomon ou encore la Nouvelle-Zélande.

« On mesure le séisme au large, mais la vague, on n’en a qu’une petite idée malheureusement. Grâce à des systèmes comme les Smart Cables, on va avoir une mesure au large du tsunami qui va permettre d’affiner l’alerte et de diminuer les fausses alertes. » – Jérôme Aucan, surfant sur la vague du câble

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La planète sous écoute

Au-delà des tsunamis, ces capteurs aspirent à combler un manque important dans la recherche océanographique. Aujourd’hui, les scientifiques connaissent relativement bien la température de l’océan dans les 2 000 premiers mètres, mais au-delà, les données se font rares. Les câbles SMART pourraient donc ouvrir une nouvelle fenêtre d’observation sur les profondeurs océaniques. À terme, certains imaginent même transformer le gigantesque réseau mondial de fibres sous-marines en réseau scientifique ! Une perspective qui intéresse directement les territoires insulaires du Pacifique, particulièrement exposés aux effets du changement climatique.

« À l’échelle mondiale, le réseau de 1,5 million de kilomètres de câbles sous-marins représente une infrastructure au potentiel immense. Cette technologie pourrait transformer l’ensemble du maillage mondial en un immense capteur scientifique. » – Benoît Maritan

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Ce Tamtam là ! © Pacific Business Review

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Tamtam a un œil sur tout

Pour les chercheurs, Tamtam marque surtout un changement de paradigme. Car cette innovation ne consiste pas à recréer un observatoire scientifique en mer, mais plutôt à intégrer la science dans des infrastructures qui sont, à la base, conçues pour autre chose. Si l’expérience fonctionne, elle pourrait bien inspirer les futurs projets d’autres câbles sous-marins. Et transformer, petit à petit, l’infrastructure invisible d’Internet en immense réseau d’écoute de l’océan.

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