Ces derniers mois, plusieurs attaques de requins à travers le monde ont fait parler d’elles dans l’actualité. En Australie, une série d’incidents a conduit à la fermeture temporaire de plages très fréquentées. À La Réunion, le sujet reste sensible après des attaques parfois graves, voire mortelles ces dernières années. De quoi raviver les peurs des squalophobes et réveiller l’imaginaire collectif autour des Dents de la mer… À l’échelle mondiale pourtant, les attaques de requins demeurent exceptionnellement rares. Chaque année, on recense en moyenne 60 à 65 attaques non provoquées dans le monde. Côté morsures dites « provoquées » (harcèlement, nourrissage…), seules six par an en moyenne sont mortelles. Des chiffres qui invitent à relativiser, sans pour autant nier le risque.

La Nouvelle-Calédonie, longtemps perçue comme relativement épargnée, n’est pas totalement hors de danger. Début janvier, un plongeur bouteille a été mordu au bras lors d’une plongée au Grand Coude de Kélé, entre Moindou et Bourail. Sans oublier les incidents qui ont marqués l’année 2023. Ces événements rappellent que la cohabitation avec les grands prédateurs marins demande vigilance, connaissances et bonnes pratiques. Vous savez ce qu’on dit, le risque zéro n’existe pas !

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En eaux troubles

Les premières règles de sécurité commencent avant même de se mettre à l’eau. L’océan est un milieu vivant, structuré par des équilibres naturels que le plongeur doit apprendre à observer et comprendre. Les requins sont des animaux opportunistes, ils se déplacent en fonction de la nourriture, des périodes de reproduction, de la température de l’eau ou encore des courants. Certaines zones sont d’ailleurs connues pour concentrer naturellement plus d’activité : les eaux côtières, proche des rivages, les bancs de sable, les tombants, mais aussi les secteurs où se trouvent des activités humaines (pêche, rejets, nourrissage). Les requins bouledogues et tigres, bien présents chez nous, y sont plus fréquemment observés. Ces espèces ne considèrent pas l’humain comme une proie naturelle. En revanche, leur taille, leur puissance et leur curiosité peuvent conduire à des interactions accidentelles, notamment dans des eaux troubles, agitées ou à faible visibilité. Dans ces conditions, un plongeur peut être confondu avec une proie potentielle…

Avant toute plongée, il est donc essentiel de se renseigner sur la zone (observations récentes, alertes locales), de tenir compte des conditions météo et de visibilité, et de respecter les interdictions ou recommandations émises par les autorités.

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« Tou doum, tou doum… » © Canva

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Tuto « comment éviter les requins ? »

Contrairement à ce que le cinéma (et certaines musiques stressantes) ont largement popularisé, la majorité des requins ne s’intéressent pas aux humains. Sur plus de cinq cents espèces recensées, seulement une petite poignée (comme le grand requin blanc, le requin tigre et le requin bouledogue) est impliquée dans la quasi-totalité des morsures sérieuses. Et même dans ces cas-là, il s’agit le plus souvent de curiosité ou d’une mauvaise identification, pas d’une petite pause goûter. Plonger en groupe réduit significativement le risque d’interaction dangereuse. À l’inverse, un plongeur isolé, en difficulté ou ayant des comportements nerveux attire plus facilement l’attention. Évoluer en palanquée, de manière calme, fluide et coordonnée, diminue donc fortement les risques. Les requins préfèrent généralement éviter les « gros objets » en mouvement. Oui, sous l’eau, nous devenons de « gros objets » …

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Un pour tous et tous pour un ! © Plongée plaisir

Les bruits soudains et inhabituels peuvent également susciter l’intérêt des requins. L’attaque survenue à Bourail a relancé les débats autour du « craquage de bouteille », une technique de stimulation sonore produisant un bruit, parfois comparé au craquement du squelette d’un poisson. Dans la pratique, cette technique est controversée. Selon les espèces et le contexte, elle peut détourner l’attention, ou au contraire, piquer la curiosité d’un requin. Elle reste toutefois autorisée en Nouvelle-Calédonie. 

Enfin, l’aspect visuel a aussi son mot à dire, ce qu’on porte sous l’eau a son importance. Les objets brillants, bijoux réfléchissants ou combinaisons très contrastées peuvent attirer l’œil. Optez pour la discrétion et préférez des tons plus neutres, qui se fondent dans le décor !

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En voilà une combi parfaite pour se fondre dans le décor ! © Michael Hornellas

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Tuto « comment agir face à un requin ? »

Conseil numéro un : une plongée sécurisée commence bien avant de mettre les palmes à l’eau ! Chaque sortie doit inclure un briefing, un plan de plongée partagé et des procédures connues en cas d’incident. La présence d’un moyen de communication (VHF, téléphone satellite, bateau suiveur) est indispensable, tout comme la maîtrise des gestes de premiers secours. Prévenir quelqu’un à terre de ses projets sous-marins, c’est pas mal aussi comme idée ! 

Conseil numéro deux : si vous voyez un requin, restez calme, gardez-le dans votre champ de vision et éloignez-vous lentement. Évitez les éclaboussures et sortez de l’eau dès que possible, en toute sécurité. Dans le cas (improbable) où un requin vous charge, viser des zones sensibles comme les yeux ou les branchies peut permettre de dissuader l’animal et de gagner le temps nécessaire pour s’éloigner et sortir de l’eau rapidement.

Conseil numéro trois : dans le (rare) cas où une morsure arriverait, la priorité absolue est de gérer l’hémorragie par compression ou garrot. Votre rapidité, votre sang-froid et la coordination des équipes sur place sont déterminants. Des gestes simples, correctement appliqués, peuvent faire la différence.

Conseil numéro quatre : n’oubliez pas de notifier toute observation inhabituelle, même sans incident, aux autorités locales. Ces informations contribuent à améliorer la connaissance des comportements des requins, à ajuster les protocoles de sécurité et à mieux informer les usagers.

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Surtout, on ne panique pas ! © Sur les traces du requin-tigre

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L’art de la cohabitation

Les attaques de requins restent extrêmement rares au regard du nombre de plongeurs et de baigneurs qui fréquentent les océans chaque jour. Pour autant, chaque incident rappelle que la mer n’est pas un espace neutre, mais un environnement sauvage dans lequel l’humain n’est qu’un visiteur. Plonger en sécurité ne signifie pas renoncer à l’exploration, mais adopter une approche responsable, fondée sur la connaissance, le respect du milieu et des pratiques adaptées. En comprenant mieux le comportement des requins et en appliquant des règles simples, il est possible de continuer à profiter de la richesse exceptionnelle des fonds marins tout en réduisant les risques.

Du côté culturel, certaines espèces de requins occupent une place symbolique et spirituelle chez les Kanaks. En effet, elles sont considérées comme des totems, garants de liens ancestraux avec l’océan et protecteurs de clans ou de navigateurs. Leur rôle est reconnu dans des traditions anciennes et la relation à ces prédateurs marins dépasse le simple regard sécuritaire ou naturaliste. 

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Veni, Vidi, Parti

Les statistiques mondiales récentes montrent donc que les attaques de requins sur les humains restent globalement très rares. Les (mal)chances d’être concerné directement par une telle attaque sont infinitésimales comparées à d’autres risques quotidiens en mer comme sur terre. Statistiquement, une personne a plus de chances d’être frappée par un astéroïde que d’être tuée par un requin ! Pendant ce temps-là, les humains sont considérés comme les plus grands prédateurs de la planète et représentent une menace bien plus grande pour les requins qu’ils ne le sont pour nous…

Le requin n’est ni un monstre, ni un animal inoffensif. Il est un acteur essentiel d’un écosystème complexe. Apprendre à la connaître, c’est déjà mieux cohabiter !

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