Trois « crises requins » en cinq ans : 2021, 2023, 2026. À la Ville de Nouméa, Tatiana Tchong-Fat, chargée d’études et projets stratégiques a répondu aux questions de la rédac’… C’est après l’attaque du petit Anthony en 2019 qu’un Plan de Réduction du Risque Requin (P3R) a été construit collectivement. Sept ans plus tard, la Ville de Nouméa dresse le bilan d’une politique publique qui conjugue barrières anti-requins, surveillance quotidienne, drones et coopération internationale, sans jamais céder à l’idée d’une solution miracle.
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Bonjour Tatiana et bienvenue sur NeOcean ! Ces dernières années, la question du risque requin est devenue un enjeu important pour la Ville de Nouméa. Comment analysez-vous l’évolution de cette problématique sur le territoire ?
La gestion du risque requin à Nouméa a connu une évolution majeure avec l’émergence des attaques à partir de 2018, puis trois « crises requins » ont marqué la capitale en 2021, 2023 et 2026.
En 2019, après l’attaque du “petit Anthony”, une réflexion collective engagée par les institutions, avec l’ensemble des parties prenantes, a permis d’aboutir à un Plan de Réduction du Risque Requin (P3R) dont la stratégie globale reposait sur deux objectifs majeurs :
- Résorber les sources (anthropiques) d’attraction potentielles des requins sur la commune de Nouméa, notamment la zone portuaire.
- Réduire les interactions entre l’Homme et le Requin.
La Ville s’attache à réduire le risque requin depuis 2018.
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Quel est le rôle de la Ville de Nouméa dans la prévention et la gestion du risque requin ?
La ville de Nouméa, acteur majeur dans la gestion du risque requin, intervient au titre de ses compétences en matière de police, définies par le code des communes de Nouvelle-Calédonie :
- la Ville a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques et assure la distribution des secours nécessaires sur son territoire.
- la Ville réglemente la baignade et des activités nautiques dans la bande littorale des 300 mètres.

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Quelles sont les mesures mises en place aujourd’hui par la Ville pour assurer la sécurité des usagers face au risque requin ?
Les mesures de la Ville s’articulent autour des axes majeurs suivants :
- La protection des usagers avec 12 hectares de plan d’eau sécurisé, matérialisés par 2 barrières anti-requins, et une surveillance quotidienne de ces plages.
- Des reconnaissances préventives par drone sont opérées durant les périodes à fort enjeux sur les secteurs fréquentés hors des zones sécurisées.
- Des réponses opérationnelles adaptées sont déployées en cas de signalement de de requins dangereux à proximité des plages ou d’attaques.
- La communication et la prévention : une signalétique est installée le long du littoral et des îlots et vise à informer la population de ce risque, de la réglementation en vigueur et des bonnes pratiques. Une communication renforcée est également diffusée sur les réseaux de la Ville à l’approche des périodes sensibles (vacances scolaires, saison chaude). Des équipes de la police municipale patrouillent le long des plages pour sensibiliser les usagers et veiller au respect des règles.
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Comment organisez-vous la surveillance des plages et la gestion des alertes ou des signalements de présence de requins ? Quels sont les protocoles appliqués lorsqu’un risque est identifié ?
La protection des usagers demeure une priorité absolue de la Ville.
La Ville réglemente deux types de zones :
- les zones aménagées et surveillées
Deux zones sécurisées dédiées à la baignade sont installées à la Baie des Citrons et au Château Royal. Les ouvrages font l’objet de suivis stricts permettant de détecter la moindre anomalie et d’intervenir rapidement :
- Une surveillance quotidienne est assurée 7j/7 par les nageurs-sauveteurs de la Ville ;
- Un entretien technique régulier est réalisé par notre prestataire, mobilisable les week-ends et jours fériés (astreinte opérationnelle) ;
- Une vigilance citoyenne est assurée par les usagers.


- les zones non surveillées
Sur Nouméa, une dizaine de plages sont également aménagées hors des zones sécurisées, où la baignade et les activités nautiques sont pratiquées aux risques et périls des usagers. Les zones sont visibles sur le site internet de la ville de Nouméa.
Dès qu’un signalement est reporté aux autorités, les services de secours et de police de la Ville déclenchent une procédure qui repose sur une réponse opérationnelle graduée selon la zone et les enjeux, notamment :
- Une évacuation immédiate des usagers du plan d’eau et l’installation d’une signalétique d’alerte (oriflammes requin rouges).
- Une procédure de levée de doute par voie aérienne (drone) et/ou surfacique (jetskis).

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Les attaques de requins survenues ces dernières années ont-elles conduit la Ville à faire évoluer ses pratiques, ses dispositifs de sécurité ou sa manière d’informer la population ?
Absolument.
La Ville à adapter son fonctionnement avec l’expérience et à engager des travaux de fond depuis 2018, en complément des mesures de gestion citées préalablement :
- Le cadre réglementaire a été renforcé pour éviter les sources d’attractions des requins près des côtes : interdiction de rejet de déchets et de rejet des eaux grises et noires près des côtes, interdiction de pêche dans les zones nautiques, un accès à la mer déconseillé voire interdit après de fortes pluies.
- Les travaux d’amélioration des réseaux d’assainissement de la Ville et le développement des stations d’épuration ces dernières années contribuent à une meilleure qualité des eaux de baignade sur le littoral.
- La Ville a investi dans des dispositifs de protection physique (barrières anti-requins).
- Un renforcement des moyens de surveillance et de secours sur les plages a été opéré avec la création d’un centre de surveillance et de sauvetage nautique dédié à la surveillance des plages sécurisées et le recrutement d’une dizaine de nageurs-sauveteurs qualifiés.
- La Ville contribue à l’amélioration des connaissances sur les requins dangereux, notamment en vue d’adapter les stratégies de gestion des squales. Nouméa a également bénéficié de l’expertise nationale (Réunion) et internationale (Australie, Etat-Unis, Brésil, Afrique du Sud) en matière de gestion du risque requin notamment au travers de son partenariat avec la province Sud et le Centre Sécurité Requin de la Réunion depuis 2021.
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Comment travaillez-vous avec les autres acteurs concernés par cette problématique afin d’assurer une réponse coordonnée ? (Province Sud, services de secours, scientifiques, etc.)
La répartition des compétences en milieu marin en Nouvelle-Calédonie, amène à une forte collaboration entre la Ville, le Haut-Commissariat, le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, la province Sud, le Port Autonome et le COSS NC en matière de gestion du risque requin.
Les scientifiques contribuent à l’amélioration des connaissances et peuvent permettre aux décideurs d’adapter leurs mesures de gestion.
Dans le cadre des procédures de signalement de requins ou en gestion de crise, la Ville s’appuie sur les gestionnaires de sites présents sur le littoral et les îlots et sur un réseau de partenaires.
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Quelle place la prévention et la sensibilisation du public occupent-elles dans votre stratégie ? Et quels comportements souhaitez-vous encourager auprès des baigneurs et pratiquants d’activités nautiques ?
L’information à la population et la prévention sont essentielles. Les mesures sont relativement partagées entre collectivités.
- Au niveau de la Ville de Nouméa : la présence de la signalétique d’information sur les plages avec la réglementation et les mesures préventives, le relais sur nos médias et la présence de policiers municipaux pour informer directement les usagers sur les plages.
- Les partenaires institutionnels assurent une communication sur la réglementation et les mesures préventives avec différents supports (site internet, panneaux, Guide du lagon, actes réglementaires, …) et organisent également des opérations de surveillance et de sensibilisation sur certains secteurs.
- Les acteurs en mer, qu’ils soient associatifs, sportifs, économiques, sont également des relais importants auprès de la population, nous les en remercions.
La Ville encourage vivement l’ensemble des usagers à privilégier les zones aménagées, à consulter la signalétique avant la baignade et à adopter des comportements responsables en évitant les périodes ou comportements à risque.

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Avec le recul des dernières années, quels enseignements tirez-vous des mesures mises en place ?
L’expérience montre qu’il n’existe pas de solution unique, ni de solution miracle. En Nouvelle-Calédonie, comme ailleurs, c’est un ensemble de mesures complémentaires qui sont mises en œuvre et adaptées à notre contexte, selon la présence ou non d’un lagon, la perception du risque, des moyens disponibles, des capacités financières, ….
Face à ce risque particulier, la Ville tenait particulièrement à rendre à la population la possibilité de baigner en sécurité, et cet objectif est atteint.
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À plus long terme, quelles sont les perspectives de la Ville de Nouméa pour améliorer la sécurité des usagers et permettre une cohabitation aussi sereine que possible entre les activités humaines et la présence des requins ?
Des projets, oui il y en a, ils restent toutefois conditionnés à la capacité financière réellement déployable, dans une période de crise économique majeure sur le territoire. A long terme, la Ville aimerait renforcer ses moyens nautiquespour conforter la réponse opérationnelle en mer mais également ses outils de surveillance.
L’enjeu ultime est de préserver la sécurité publique.
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