Sur les 5 900 kilomètres de côtes que compte la Nouvelle-Calédonie, 71% sont aujourd’hui exposées à l’érosion. En gros, quasiment toutes les communes du territoire… Et le phénomène n’a pas l’air de vouloir s’affaiblir. Selon la Chambre territoriale des comptes de Nouvelle-Calédonie (CTC), le niveau de la mer s’élève plus rapidement dans le Pacifique que dans le reste du monde. Entre 1993 et 2023, la hausse y a atteint 4,12 mm par an, contre une moyenne mondiale de 3,4 mm par an. Derrière ces chiffres, des maisons englouties, des cimetières menacés et des familles déjà contraintes de partir… De Ouvéa à Touho, en passant par Ponérihouen, plongez avec nous dans un phénomène qui redessine petit à petit la carte de notre Caillou…

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Le littoral prend du recul

Le constat est sans appel… Dans un rapport de 105 pages publié en avril 2025, la CTC estime que la Nouvelle-Calédonie est insuffisamment préparée à faire face au recul du trait de côte. L’institution recommande notamment de mieux cartographier les zones exposées, de déployer des plans de prévention des risques littoraux et de définir un cadre juridique spécifique pour les terres coutumières, aujourd’hui exclues des règles d’urbanisme classiques. Les effets de l’érosion sont toutefois très variables selon les secteurs. En province Nord, plus de 45% du linéaire côtier est occupé par des activités humaines à proximité immédiate du rivage, tandis que 46% de ce même linéaire est déjà touché par l’érosion. À Ouvéa, une étude menée en 2018 a mis en évidence un recul du littoral atteignant 1,1 mètre par an entre 1954 et 2012 à l’extrême nord de l’île et jusqu’à 1,4 mètre par an près du pont de Lékine, dans le sud.

« Il y a 40 ans, la plage s’étendait sur plus de 50 mètres, aujourd’hui elle a quasiment disparu. » – Un chef de tribu de l’île, cité par La Dépêche NC

Jérémie Katidjo-Monnier, membre du gouvernement en charge du secteur de la transition écologique et du changement climatique, a indiqué que 71% du littoral calédonien est aujourd’hui soumis à l’érosion.

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Jérémie Katidjo-Monnier constate les dégâts à Ouvéa… © Jérémie Katidjo-Monnier

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Des vies bouleversées

Derrière les chiffres, ce sont des vies et des histoires qui sont directement chamboulées. Sur la côte Est, certaines tribus voient leur environnement quotidien se transformer au rythme du recul du littoral. À Ponérihouen, la tribu de Mou est particulièrement touchée… En effet, plusieurs cabanes installées en bord de plage ont déjà été englouties, tout comme une partie du cimetière des anciens. Selon un article publié par France Info en 2022, dix familles devaient être relogées sur un flanc de colline, faisant de la commune un territoire pilote face à un phénomène inédit, celui de devoir éloigner des habitants de leur terre d’origine…

« C’est difficile, pour eux comme pour nous. C’est une histoire de sécurité, aussi. » – Pierre-Chanel Tutugoro, maire de Ponérihouen en 2022

Plus au nord, à Touho, l’érosion a également bien pris place. En juillet 2023, lors de la visite du président de la République Emmanuel Macron, une première maison de la tribu de Tiouandé s’est effondrée dans la mer, illustrant fatalement l’avancée du phénomène.

« Une tribu en plus qui avait une histoire difficile, car cette tribu de la mer, pendant l’indigénat, a été repoussée à l’intérieur des terres et est revenue après en bord de mer. Il y a une double peine historique et climatique. » – Jérémie Katidjo-Monnier dans un article pour DNC

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Schéma de la situation à Ouvéa © Manuel Garcin

Lors de ce même déplacement présidentiel, Alcide Ponga, maire de Kouaoua, alertait déjà sur l’ampleur de la menace qui pèse sur l’ensemble de la côte Est. À Ouvéa, le recul du trait de côte provoque également de fortes inquiétudes. Dans le secteur de Saint-Joseph, l’érosion progresse au point de menacer directement le cimetière de Mouli, dont certaines tombes pourraient très vite s’effondrer.

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Thio n’est pas épargné non plus © Domitille Courtemanche

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Que faire face à l’inéluctable ?

Face à cette situation, la Nouvelle-Calédonie ne part toutefois pas de zéro. Depuis 2013, l’Observatoire du littoral de Nouvelle-Calédonie (Oblic), piloté par la Dimenc, collecte et analyse des données sur l’évolution du trait de côte. Pour mieux anticiper les transformations à venir, le gouvernement s’appuie notamment sur le projet CLIPSSA, dont l’objectif est d’affiner les projections climatiques et d’évaluer plus précisément l’ampleur des déplacements de population qui pourraient en découler. Parallèlement, plusieurs solutions fondées sur la nature sont expérimentées sur le territoire. À Touho et Ponérihouen, des opérations de restauration de mangroves sont menées pour renforcer les protections naturelles du littoral. La préservation du poisson-perroquet fait également partie des pistes explorées, grâce à sa capacité qu’il aurait à produire près de cent kilos de sable par an. À Bourail, le projet KIWA PERENNE mise quant à lui sur la restauration de la forêt bordant la Néra afin de limiter l’érosion en amont.

À Ouvéa, où le recul du littoral atteint donc un niveau particulièrement préoccupant, des démarches de relogement vers la Grande Terre ont déjà été engagées en lien avec plusieurs communes du Nord. Une stratégie climatique territoriale plus globale doit également être présentée au Congrès, à l’issue d’une vaste concertation ayant réuni 400 participants lors du Forum calédonien du changement climatique en avril 2024.

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Un recul à accompagner

En Nouvelle-Calédonie, l’érosion côtière n’est plus une menace lointaine, elle constitue déjà une réalité pour des familles entières, de Ponérihouen à Touho, en passant par Ouvéa. Si la prise de conscience institutionnelle progresse, les réponses apportées restent encore fragmentées et insuffisamment dimensionnées face à l’ampleur du défi…

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