Entretien avec Marc Sabatier, président du Cluster Maritime de Nouvelle-Calédonie (CMNC)
Avec une cinquantaine d’entreprises membres représentant des centaines de métiers liés au maritime, le Cluster Maritime NC (CMNC) est la voix collective de l’économie bleue sur le territoire. Marc Sabatier, membre du bureau du cluster depuis trois ans, en a pris la présidence à la suite du départ de Philippe Darrason. Entre étude sur les moyens de levage navals, relance de la croisière, aquaculture durable et mobilité maritime, il fait le point sur les dossiers prioritaires du cluster et sur les ambitions d’un secteur qui entend peser bien au-delà du nickel.
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Bonjour Marc et bienvenu sur NeOcean, pour débuter notre échange, pourrais-tu nous expliquer comment tu es arrivé à la présidence du CMNC ?
Bonjour aux lecteurs de NeOcean ! Et bien, suite au départ de notre ancien président, Philippe Darrason, qui avait changé de métier et ne pouvait plus assumer ce rôle, je me suis présenté en remplacement. Retraité, je suis également bénévole à la SNSM et grand passionné par l’océan dans lequel je baigne depuis tout jeune. De plus, j’avais aussi l’avantage de connaître les dossiers car je faisais partie du conseil d’administration et du bureau du CMNC depuis trois ans déjà : la transition s’est donc faite naturellement.
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Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, retraçons ensemble l’histoire du Cluster. Qu’est-ce que le Cluster Maritime NC, quelles sont ses origines et comment fonctionne-t-il aujourd’hui ?
Le Cluster Maritime de Nouvelle-Calédonie a été créé il y a plus d’une dizaine d’années, en 2014, par des professionnels du secteur qui voulaient se doter d’une représentativité collective auprès des institutions. L’économie bleue est un univers extrêmement vaste : on y trouve aussi bien le charter de plaisance que la pêche hauturière, l’aquaculture, le transport maritime ou encore la maintenance navale. Plus de 400 filières coexistent dans le maritime, ce qui rend la représentation d’autant plus nécessaire.
L’un des premiers grands travaux du Cluster a été la rédaction du Livre bleu, un document de synthèse recensant 150 projets et idées pour développer l’économie maritime calédonienne. C’est une base de travail précieuse. Néanmoins, après les événements de 2024 qui ont fortement fragilisé le tissu économique local, il a fallu prioriser. Dans ce contexte, nous avons alors identifié cinq axes stratégiques sur lesquels concentrer nos efforts.
Aujourd’hui, le Cluster Maritime NC compte une cinquantaine de membres et la gouvernance fonctionne avec un bureau de cinq personnes qui se réunit chaque semaine et un conseil d’administration de quinze membres qui se réunit chaque mois. C’est une structure légère mais efficace !
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En une phrase, quelle est la mission centrale du Cluster Maritime NC ?
Porter la voix de l’économie bleue auprès de nos institutions – le gouvernement de Nouvelle-Calédonie, le Port autonome, la Marine nationale, l’État, toutes les administrations concernées – et faire entendre la voix du secteur privé dans les décisions qui nous concernent.

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Quels sont ces cinq axes prioritaires, et où en sont ces grands dossiers aujourd’hui ?
L’aquaculture durable et la crevette
Ce dossier a été pris en main par le Groupement des fermes aquacoles (GFA) qui a vraiment bien relevé le défi. La crevette calédonienne est le deuxième produit exporté du territoire et on a su produire jusqu’à 2 400 tonnes par an. Aujourd’hui on est à environ 1 300 tonnes, avec une vraie marge de progression ; c’est aussi un outil de rééquilibrage car les bassins d’élevage sont répartis sur toute la longueur de la Grande Terre.
Le moyen de levage naval
C’est le dossier sur lequel nous avons consacré le plus de temps et d’énergie. Aujourd’hui, la cale de Nouville permet de sortir des navires jusqu’à 1 000 tonnes. C’est insuffisant pour traiter l’ensemble des bateaux présents en Nouvelle-Calédonie, notamment ceux de la Marine nationale, qui doivent partir en Polynésie, en Australie ou en Nouvelle-Zélande pour leurs arrêts techniques majeurs. Nous travaillons sur ce dossier avec le Port autonome, la Province Sud et l’AFD. Une étude a été financée pour évaluer les différents types de moyens de levage et les sites d’acceuil ; elle devrait nous être rendue d’ici la fin du mois d’août. Une fois la décision prise, il faudra compter environ trois ans pour que l’outil soit opérationnel. C’est un projet qui s’inscrit dans la durée, comme toutes les infrastructures de ce type dans le monde qui sont souvent portées par les États avant d’être mises à disposition des opérateurs privés.
Le port scientifique
Le constat, c’est que nous avons une difficulté à loger correctement les navires scientifiques qui font escale à Nouméa. De nouveaux bâtiments sont attendus d’ici 2031 ce qui rend le sujet urgent. La priorité est d’équiper un quai avec les infrastructures adaptées à l’accueil de ces navires, avant d’imaginer des projets plus ambitieux.
La déconstruction navale
Nous avons récemment pu déconstruire deux navires de la Marine nationale – les patrouilleurs P400 « La Glorieuse » et « La Moqueuse » – sur la cale de Nouville. C’est une première à cette échelle en Nouvelle-Calédonie. Mais le potentiel est bien plus grand : on estime à environ 800 le nombre de bateaux de plaisance en fin de vie à traiter sur le territoire, sans compter plusieurs épaves présentes dans les zones portuaires. Avec un outil de levage plus puissant et une aire à terre adaptée, cette filière pourrait représenter une activité économique significative et créatrice d’emplois.
La mobilité maritime et le cabotage
Il existait autrefois des caboteurs qui transportaient matériaux et marchandises tout autour de la Nouvelle-Calédonie. Cette pratique a malheureusement progressivement disparu. Aujourd’hui, nous pensons qu’il vaut la peine de réévaluer les endroits où des flux logistiques pourraient être reportés de la route vers la mer : vers le Nord, le Sud, mais surtout vers les îles. C’est à la fois un enjeu économique et un enjeu de désenclavement.

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Au-delà de la maintenance navale, quelles sont les autres filières de l’économie bleue à fort potentiel selon vous ?
Le nettoyage de coques
C’est une opportunité concrète et immédiate ! La Nouvelle-Zélande a imposé une nouvelle règle : tout navire dont la coque n’a pas été nettoyée depuis trente jours n’est plus autorisé à entrer dans ses eaux. L’Australie s’apprête à prendre des mesures similaires ; or, la Nouvelle-Calédonie se trouve exactement sur la route maritime entre l’Asie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande : nous sommes donc en position idéale pour développer cette filière. Cela se fait sous l’égide des affaires maritimes, avec des règles strictes, pour ne surtout pas polluer notre lagon.
La croisière
En 2017, nous avions accueilli 400 escales de paquebots. En 2026, on sera autour de 127 et nous allons encore perdre une compagnie l’an prochain. Il faut agir mais pas en cherchant à revenir au modèle d’avant. Je pense qu’on devrait s’inspirer de la Polynésie française qui a opté pour des navires plus petits, mieux adaptés à ses infrastructures et mieux acceptés par les populations locales. Les croisiéristes passent la journée, ils consomment, ils repartent le soir… : c’est un modèle qui peut fonctionner si on l’encadre bien.
L’aquaculture de demain
La crevette calédonienne est un produit d’exception, reconnu par les grands chefs du monde entier. Sa souche sauvage vient du Mexique mais elle a pratiquement disparu ailleurs. Nous en sommes quasiment les seuls détenteurs, avec une présence anecdotique à Tahiti via une souche initialement issue de Nouvelle-Calédonie. Ce patrimoine génétique unique est à protéger autant qu’à développer ; forts de ce constat, on travaille sur des techniques innovantes : l’introduction de picots et d’holothuries dans les bassins pour les assainir naturellement, réduire la mortalité et améliorer les rendements par exemple… Il y a encore beaucoup à apprendre sur l’élevage de la crevette qui ne compte que soixante ans d’histoire là où l’élevage bovin en compte plus de trois mille !
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Pour finir, quels sont vos projets pour le second semestre 2026 et quel message souhaitez-vous adresser aux professionnels de l’économie bleue ?
L’événement phare sera les Journées de la Mer que nous organisons chaque année en partenariat avec nos membres et nos partenaires. Cette année, elles auront lieu le 29 septembre. C’est un rendez-vous important pour toute la communauté maritime calédonienne.

Je participerai également aux Assises de l’économie de la mer à Montpellier, fin novembre. C’est l’occasion de rencontrer tous nos homologues ultramarins, mais aussi les grands industriels du secteur – les Chantiers de l’Atlantique, Naval Group, Piriou… – et les ministères, en particulier celui de l’Outre-mer. Nous entrons dans une phase opérationnelle sur le dossier du moyen de levage et il faudra prendre les bonnes décisions avec les bons acteurs autour de la table.
Mon message aux professionnels de l’économie bleue ? Nous sommes une île avec une Zone Économique Exclusive d’un million de kilomètres carrés, l’une des mieux préservées du Pacifique. On n’a que treize bateaux de pêche : c’est peu, mais c’est le signe d’une pêche durable dont beaucoup de pays nous envient. Il y a plus de 400 métiers dans le maritime et je vais personnellement régulièrement dans les collèges et lycées pour en parler aux jeunes, parce que travailler dans la mer, ce n’est pas seulement le kitesurf et le PMT ! C’est une filière sérieuse, porteuse d’avenir et la Nouvelle-Calédonie a tous les atouts pour en faire un pilier économique au même titre que le nickel. À nous de le prouver !
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