Emblème du patrimoine maritime calédonien, la pirogue traditionnelle Meryemana s’apprête à vivre un nouveau chapitre de son histoire. Construite en 2009 puis restaurée une première fois en 2019, l’embarcation doit aujourd’hui être hissée à terre pour un chantier de rénovation devenu vital, avant de se lancer dans une nouvelle aventure : tester le kite comme nouveau mode de propulsion, dans le cadre du projet « A tire d’aile – Beyond the Kite ». Porteur de ce projet retenu par les Casinos de Nouméa, Philippe Naudin nous explique les enjeux de cette restauration et la recherche active d’un lieu pour l’accueillir.

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La pirogue Meryemana a déjà une longue histoire… Où en est-elle aujourd’hui et pourquoi ce chantier de rénovation est-il vital pour elle ?

Construite à Paita et mise à l’eau en 2009, la pirogue Meryemana, qui est une réplique de grande pirogue type Vakakaré de l’île des Pins (basée sur le modèle d’un « ndrua fidjien »), a déjà une longue histoire et plusieurs tranches de vie. 

Tel un phénix, elle avait dû faire l’objet d’une restauration quasi complète dix ans plus tard en 2019 : une véritable renaissance permise par le projet « Meryemana Revival », porté par Vakaledonie (en lien avec Kenu One Project) avec des jeunes accompagnés par la DPJEJ. Les nouveaux outrages du temps, des visites mal intentionnées et faute d’avoir pu lui apporter tout l’entretien nécessaire, font qu’elle présente aujourd’hui des dégradations qui nécessitent une nouvelle intervention. Il faut reprendre les éléments qui ont souffert, consolider la structure et la protéger pour lui permettre de continuer à naviguer et de retrouver la superbe qu’elle mérite. D’autant que ce nouveau chantier arrive à un moment important alors qu’un nouveau chapitre ne demande qu’à s’ouvrir avec le projet « A tire d’aile – Beyond the Kite » dont elle est l’actrice principale et qui a été retenu dans le cadre de l’appel lancé par les Casinos de Nouméa pour soutenir des initiatives pouvant faire rayonner la Nouvelle-Calédonie. Un « lifting » de Meryemana est donc la première condition pour prolonger l’aventure et pour cela il faut d’abord la soulever à terre pour effectuer ce chantier avant de pouvoir rejoindre la mer en toute sécurité et envisager de prendre un nouveau cap, puis de la hauteur ensuite… 

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Vous lancez donc le projet « A tire d’aile – Beyond the kite » : quelles sont les grandes étapes de cette première phase et qu’est-ce que cette rénovation doit permettre pour la suite du projet ?

La première phase opérationnelle repose impérativement et vite sur la mise en chantier de Meryemana afin d’établir un bilan précis des dégâts, réaliser le carénage, intervenir sur les parties dégradées et mener ensuite à bien les travaux de protection et de finition. Ensuite viendront les essais et la reprise progressive des navigations. C’est à partir de là que nous pourrons réellement entrer dans la phase d’expérimentation et d’envol du projet, avec l’idée d’utiliser un cerf-volant moderne (aile de traction de type kite) comme moyen de propulsion possible pour cette pirogue de type traditionnel. Le carburant restera le vent, mais on voudrait essayer un autre type de moteur… C’est là que « A tire d’aile, Beyond the Kite » prendra vraiment son sens en montrant que la tradition peut porter l’innovation mais aussi que l’innovation peut propulser la tradition. L’objectif est finalement assez simple : montrer que l’on peut s’appuyer sur ce que nous avons hérité pour imaginer ce que nous voulons construire demain. Car nous ne voulons pas nous limiter à mener un simple challenge technologique. Au-delà, nous aimerions embarquer le plus grand nombre dans l’aventure : partenaires publics et privés, acteurs du monde maritime, associations, tous publics, passionnés ou simples curieux…

L’ambition plus globale du projet est de partir de cette pirogue iconique et d’une histoire maritime bien ancrée pour ouvrir une réflexion sur ce que peut être la Nouvelle-Calédonie de demain. La tradition, l’innovation, la transmission et les enjeux de développement durable peuvent se rencontrer autour d’un même objet. La pirogue peut devenir une ambassadrice prétexte à associer des animations, des actions de médiation et de formation pour parler de patrimoine maritime, d’énergie, de sobriété, de développement durable et, plus largement, de l’avenir du territoire.

Dès la première phase de rénovation, il y a beaucoup de choses à transmettre autour d’une pirogue : les matériaux naturels, les techniques ancestrales de construction et de navigation… « Beyond the kite » peut être un très bon support pour parler de choses assez concrètes : comment se déplacer demain, comment utiliser moins d’énergie, comment préserver nos ressources et in fine comment notre patrimoine peut continuer à vivre ?

Meryemana
Quand la tradition et la modernité se rencontrent © Vakaledonie

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Vous êtes en recherche active d’un lieu pour mettre Meryemana à terre. De quoi avez-vous besoin exactement et comment des partenaires potentiels peuvent-ils vous aider et vous contacter ?

C’est aujourd’hui notre besoin le plus urgent : trouver un endroit où sortir Meryemana de l’eau et réaliser le chantier.Techniquement, il nous faut un espace suffisamment grand pour accueillir la pirogue (environ 100 m²), en bordure de la mer pour pouvoir faire intervenir un moyen de levage et pour nous permettre d’y travailler quelques semaines en toute sécurité. 

D’un autre côté, notre souhait que ce chantier soit à l’image du projet (collectif, vivant et partageable) nous invite à essayer de trouver un lieu emblématique en cohérence avec cet objectif. Peu d’endroit sont à même de réunir ces deux conditions et nous en avons rapidement identifiés au moins deux. Pouvoir le faire sur le site du Centre Culturel Tjibaou serait en quelque sorte un vrai retour aux sources puisque ce lieu a été un premier berceau de notre pirogue. Et surtout il correspond parfaitement à l’idée de sauvegarde du patrimoine culturel, tout en s’affichant dans un esprit de modernité.Meryemana signifie « la maison de Marie » alors que depuis quelques années maintenant, elle a trouvé un nouveau nid, protégée par la mangrove en face du Parc Urbain de Sainte Marie. Tous les jours, elle continue d’attiser la curiosité et l’émerveillement des petits comme des grands. Elle y est parfaitement intégrée dans le paysage et est sans doute une valeur ajoutée du décor. Dans le continuum, pouvoir la mettre au sec sur la berge de ce lieu emblématique et très fréquenté de la Ville nous offrirait la garantie de cette ouverture recherchée auprès du plus grand nombre.

Nous avons identifié de réelles convergences avec ces deux acteurs institutionnels majeurs, ouvrant la perspective d’un possible partenariat cohérent à co-construire autour de notre projet. Nous les avons sollicités, mais n’avons pas encore de retour, ce qui s’explique sans doute par la longueur parfois inhérente à leurs circuits de décision. Toutefois, si nous devions nous contenter d’un lieu « technique », le terre-plein de la Sodemo à Nouville est certainement celui qui est le plus fonctionnel, d’autant plus que c’est un hub incontournable de la maintenance navale en Nouvelle-Calédonie pour les professionnels et les plaisanciers. Le Port Autonome pourrait également être en capacité de nous accueillir sur un quai dépendant de ses infrastructures (par exemple à l’extrémité sud du Quai Ferry, offrant ainsi une visibilité stratégique au cœur de la Ville).

Dans tous les cas de figure, nous ne demandons pas un soutien financier direct, mais recherchons une mise à disposition gracieuse ou négociée du lieu pour la durée des travaux. En effet une redevance foncière grèverait trop lourdement notre budget, au détriment des investissements directement prévus pour la restauration technique de la pirogue grâce aux jetons de soutien misés sur notre projet par les Casinos de Nouméa. Notre budget restant contraint, nous accueillerons avec enthousiasme toutes les bonnes volontés désireuses de surenchérir en apportant leur pierre à l’édifice. Toute forme de participation sera une contribution précieuse à la réussite de ce chantier, qu’il s’agisse de la mise à disposition d’outillage, du don de produits, d’apports en compétences spécifiques (charpente de marine, menuiserie, projection d’enduits) ou tout simplement d’un coup de main (« huile de coude ») sur le terrainVous trouverez des informations sur notre page Facebook Vakaledonie et nous sommes joignables au 83.39.20.   

Meryemana
© Vakaledonie

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