En Nouvelle-Calédonie, protéger notre beau lagon commence parfois loin de la mer. Sur les hauteurs du Mont-Dore, à La Coulée, des bénévoles s’activent, les mains dans la terre rouge. Ici, pas de vue mer, et pourtant, c’est bien elle qu’on protège.
Porté par l’association Caledoclean et lauréat dans le cadre de Kiwa Initiative, le projet REFUGE (Restaurer les Écosystèmes pour la Flore, les Usages et la Gestion des Eaux) s’attaque à un beau morceau : une zone ravagée par les incendies. À terme, 8000 arbres doivent être plantés pour redonner vie à cet écosystème, réintroduire des espèces endémiques, mais aussi lutter contre l’érosion. Car oui, le problème dépasse les frontières de la montagne ! Les sols mis à nu et chargés en métaux lourds, sont emportés par les pluies, glissent dans les rivières avant de finir leur course dans le lagon et impacter ses écosystèmes…
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Un cercle vertueux
Plus près de la mer, d’autres actions sont menées dans le cadre du programme Kiwa PEBACC+, piloté par le SPREP et mis en œuvre dans tout le Pacifique et notamment en Nouvelle-Calédonie. Localement, le projet est suivi sur l’ensemble des trois provinces, avec de nombreux partenaires, dont Caledoclean qui porte des actions sur les communes du Grand Nouméa. Un melting-pot d’actions qui vise à aider les écosystèmes à faire face aux effets du changement climatique grâce aux Solutions fondées sur la Nature.
« C’est tout simplement aider la nature à s’adapter face à la montée des eaux, à la hausse des températures et à l’intensification des événements climatiques » – Thibaut Bizien, co-fondateur de Caledoclean
Tout cela passe d’abord par la végétalisation du littoral. Planter des espèces adaptées permet de stabiliser les talus, de maintenir les sols et de limiter leur érosion face aux vagues. Mais d’autres solutions ingénieuses sont également mises en œuvre. Les fascines coco par exemple, faites de poteaux de gaïac et de rames de coco, vont permettre de dessiner un barrage naturel pour amortir l’impact des vagues. Pour la deuxième action, ça se passe plus haut sur la plage, avec des cordons pierreux qui viennent casser l’énergie des vagues.
« L’idée, c’est de dissiper la force des vagues pour qu’elles arrivent avec moins d’impact sur le littoral. » – Thibaut, luttant face aux vagues
Une pierre, deux coups ! Ces dispositifs protègent les côtes, mais favorisent aussi l’accumulation de sable, d’algues et de matière organique. Autant d’éléments qui permettent à la végétation de se réinstaller tranquillement.

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Un pour tous, tous pour les mangroves
Autre pièce maîtresse du puzzle : les mangroves, ces boucliers naturels du littoral. Des plantations de palétuviers sont testées pour recréer des barrières végétales capables de freiner l’énergie des vagues. En parallèle, un travail est mené pour rétablir la circulation de l’eau dans ces écosystèmes.
« Dans les mangroves, il y a des veines d’eau. Quand elles sont obstruées par des déchets ou des branchages, l’eau circule moins bien. L’idée, c’est de les dégager pour permettre à l’écosystème de fonctionner correctement. » – Thibaut, sauveur des écosystèmes
En libérant ces circulations, les mangroves reprennent leur souffle, les poissons reviennent et l’équilibre reprend sa place. Enfin, sur la baie de Morari au Mont-Dore, un projet porté avec Conservation International ferme la marche. Une solution qui vise à intercepter les sédiments avant qu’ils n’atteignent le lagon. Des barrières en bambou, appelées « pièges à sédiments », sont installées à l’embouchure des rivières. Une solution simple, mais efficace !
« Plutôt que la terre rouge aille directement dans le lagon, elle est retenue derrière ces barrières, ce qui permet à la mangrove de progresser. » – Thibaut, empêchant la terre rouge de se glisser dans le lagon bleu


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Du global au local
Derrière ce melting-pot d’actions de terrain, il y a une mécanique plus large, celle de Kiwa Initiative, un programme régional déployé dans tout le Pacifique, avec deux leviers. D’un côté, des projets portés localement et financés via des appels à projets, comme REFUGE. De l’autre, des programmes structurés comme PEBACC+, pilotés à grande échelle, puis déployés sur le terrain. Une logique hybride qui permet de connecter vision globale et actions locales.
« Il y a deux choses distinctes : des projets portés localement et financés par Kiwa, et des programmes régionaux comme PEBACC+ qui sont mis en œuvre sur le terrain avec des acteurs locaux. » – Thibaut Bizien

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Terre et mer, même combat
De la terre à la mer, tout est lié. Ce qui se passe en montagne finit dans l’océan. « Planter, restaurer, nettoyer » devient le nouveau « Nettoyer, balayer, astiquer » ! Trois gestes simples pour protéger un écosystème tout aussi fragile que vital.
Ces initiatives dessinent une autre manière d’agir pour la protection de notre lagon. En Nouvelle-Calédonie, la nature est à la fois victime et alliée du changement climatique. Entre terre et mer, il n’y a qu’un geste…
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