C’est bien couvert dans ce froid d’hiver et sous un ciel gris menaçant que nous avons fait la connaissance de Titouan Puyo, Titou pour les intimes, incontournable référence dans le monde du stand up paddle et du va’a. Alors qu’il a raflé tous les prix ces dix dernières années et qu’il est un champion à plusieurs reprises dans les sports de rame, nous voulions en savoir plus sur celui qui se cache derrière ces médailles…

Et ses victoires ne lui ont pas fait tourner la tête ! Très accessible, le sourire aux lèvres et les pieds sur terre, il nous a raconté son parcours pour en arriver sur hautes marches des podiums internationaux de “SUP“. Pourtant, il n’a jamais oublié sa passion pour le va’a et cette année, il compte bien s’y consacrer davantage. Il est d’ailleurs sur le point de s’envoler vers les mondiaux de va’a, où il concoure en solo puis en équipe. Découvrez l’histoire de Titouan, qui a la mer en ADN et la gagne dans le sang !

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Salut Titouan et bienvenue sur NeOcean ! Alors, prêt pour les mondiaux ?

Salut NeOcean, merci de me rencontrer. C’est super de voir un nouveau média dédié au lagon et aux activités qui s’y passent.

Pour répondre à la question, oui, je suis prêt ! Je pensais même qu’on partait le week-end dernier ! C’est plutôt bon signe, ça veut dire que mon esprit est préparé à affronter ces mondiaux de va’a. Je pars ce week-end vers les îles Samoa. J’y participe cette année en V1 et en V6.

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Aussi à l’aise debout qu’assis, le plus important c’est de ramer ! © Gill Chabaud

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On t’appelle le « dark horse » du Pacifique. C’est quoi l’histoire de ce petit surnom ?

C’est quelque chose qui revient souvent quand on cherche des informations sur moi ! Ce petit surnom m’a été donné par un copain australien qui avait un blog de stand up paddle très suivi dans notre communauté. Quand je suis arrivé dans les compétitions internationales, personne ne me connaissait, j’étais l’outsider du mondial. C’était une façon de dire que personne ne misait vraiment sur moi malgré le fait que j’ai plutôt performé sur les étapes ! Voilà donc comment je suis devenu le « dark horse » du SUP dans les médias !

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Parlons peu, mais parlons bien. Tu es champion de stand up paddle à de multiples reprises. Comment es-tu arrivé à pratiquer ce sport ?

À la base, je viens du va’a ! Je le pratique depuis tout jeune via l’UNSS notamment et puis je suis rentré en club. À cette époque-là, le SUP n’existait presque pas. Puis j’ai fait mes études et c’est vers 2012 que j’ai vraiment commencé à pratiquer. Après mes études, j’ai travaillé en école de SUP pendant un an et disons que c’est comme ça que je m’y suis mis. La ligue calédonienne de surf m’a envoyé au Championnat de France de stand up paddle en 2013 et j’ai gagné la première place. Depuis, j’ai enchainé sur dix ans de compétitions. Je pense que c’est grâce au va’a et au surf que j’ai pu atteindre un bon niveau rapidement…

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3, 2, 1… PARTEZ ! © John Carter

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Ça fait quoi d’être champion du monde ? Comment s’entraine-t-on pour décrocher la première place ?

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Ça n’a pas l’air de tout repos… © Manuel Lopez

Champion de France pour la première fois en 2013, champion du monde pour la première fois en 2014, champion d’Europe pour la première fois en 2016… Toutes ces premières fois sont vraiment stylées, c’est difficile de décrire la sensation. Mais la première victoire aux mondiaux de stand up paddle a un goût particulier parce que j’avais ce statut de « dark horse ».

Je m’en souviens bien d’ailleurs. La course s’est déroulée relativement tranquillement. Lors d’une course, on est en groupe au départ et on avance en peloton, un peu comme au vélo. Puis j’ai commencé à glisser et je me suis détaché du groupe. C’est en downwind – vent dans le dos – que je me débrouillais le mieux, c’est ce qui a fait la différence. Ma première course avait les mêmes conditions que celles que je connais en entraînement ici. Je suppose que c’était plus facile pour moi. À ce moment-là, personne ne misait sur moi, ils ont dû tous se dire que j’allais me fatiguer rapidement. Ça n’a pas été le cas !   

Pour autant, il y a plein de compétitions auxquelles j’ai participé où je me suis pris des déculottés parce que je n’avais plus cet effet de surprise. Entre mon premier titre de champion du monde et mon deuxième, il s’est passé cinq ans – 2014 puis 2019. J’ai gagné au Salvador, dans des vagues, ce qui n’est pas mon fort à la base. Le fait de mettre du temps à regagner, sur une pratique moins évidente pour moi, a rendu cette deuxième victoire très agréable aussi !

Niveau entrainement, c’est beaucoup de temps sur l’eau. À l’époque j’étais plus jeune, j’avais pris la décision de démissionner et de dédier tout mon temps à la compétition. C’est beaucoup d’investissement personnel et beaucoup de voyages. C’était difficilement conciliable avec un travail « classique ». Je bossais comme saisonnier : je revenais en été sur le Caillou, saison creuse à l’international, et je bossais en tant qu’éducateur sportif à l’école de voile de la Province Sud. Aujourd’hui je pense qu’il est plus facile de concilier les deux. En tout cas, c’est mon espoir car c’est ce que j’essaie de faire actuellement !

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Tu retournes vers le va’a : tu en avais marre de tout gagner en SUP ? 😉 As-tu une préférence pour un sport et pourquoi ?

C’est difficile d’en avoir marre de gagner ! Et puis, j’en ai mangé aussi des défaites. Je les retiens toutes, chacune d’entre elles forge le caractère et sert pour l’avenir. En tant que sportif de haut niveau, c’est toujours plus sympa d’être dans le top mais il faut être préparé aussi à avoir des hauts et des bas.

En fait, je n’ai jamais vraiment arrêté le va’a ! Quand je revenais en Calédonie, c’était le sport que je pratiquais le plus. La priorité était clairement au stand up paddle mais, si mon calendrier me le permettait, je participais à quelques compétitions internationales de va’a. En tout cas, en ce moment, c’est dans ce sport que je m’entraine le plus. Il y a plus de monde au club et une belle émulation de tout le monde.

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En solo ou à plusieurs, ça tire sur les bras ! © M.Varney

C’est compliqué de choisir entre les deux… D’instinct, je dirais plutôt le va’a car je prends vraiment énormément de plaisir mais je ne pourrais pas dire que j’en aime un plus que l’autre. Pour ceux qui n’ont jamais pratiqué un de ces deux sports et qui ne sauraient pas comment choisir… Ne le faites pas ! Ils sont très complémentaires et c’est d’ailleurs pour ça que je les aime autant. Disons qu’avec les rafales de vent de ces derniers jours, le va’a se pratique mieux pour remonter au vent.

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Quels sont les prochains défis sportifs pour toi ? Comment on allie un métier à la Province Sud et des étapes de championnats ?

Cette année, le défi pour moi est de combiner une vie professionnelle et les entrainements. Ma dernière compétition internationale de SUP remonte à décembre… J’ai loupé la reprise des compétitions au printemps européen mais sur la deuxième partie de l’année, je vais avoir plus de rendez-vous. Notamment les mondiaux de va’a, surement les mondiaux de stand up paddle et peut-être les Jeux du Pacifique. Il faut que je réussisse à tout combiner, ce qui n’est pas facile !

Pour autant, j’ai de la chance d’avoir trouvé un poste à la Province Sud qui me plait beaucoup. J’ai décidé de ne pas continuer à 100% les compétitions pour prendre ce poste. Je m’occupe des sports de pleine nature, de l’aménagement des sites et de leur entretien. Nous sommes quatre collègues à travailler sur ces questions. Bien sûr, ce n’est pas nous qui allons taper les sentiers à la pelle mais c’est une activité professionnelle très tournée vers l’extérieur. Dans le futur, j’aurais aussi pour rôle de développer les circuits nautiques pour que « monsieur tout le monde » puisse y accéder.

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Eaux de mer et eaux douces, il y en a pour tous les gouts ! © Titouan Puyo

C’était dans l’ordre des choses de reprendre un travail à temps plein. J’ai 32 ans cette année ! Quand on est sportif, on cogite forcément et on se dit qu’on ne pourra pas faire ça toute notre vie… Si j’arrive à combiner compétitions sportives et travail, je serais le plus heureux des hommes. C’est faisable : en tant que sportif de haut niveau, on dispose de dix-huit jours supplémentaires de congés exceptionnels. Ça part relativement vite mais quand on commence comme moi et qu’on a peu de congés, c’est essentiel !

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Si on résume : tu es né en Polynésie française, tu as vécu sur un bateau, tu pratiques le surf, le SUP, le va’a, le kayak… En fait, la mer est dans ton ADN ?

Un peu oui ! Mais je n’ai pas choisi finalement, la vie de mes parents a fait que je me suis passionné pour l’océan tout petit. C’est grâce à eux si je suis sur l’eau tout le temps. On habitait à Port Moselle et j’ai suivi le grand frère qui s’était inscrit au va’a juste à côté.

Dans tous les cas, c’est un milieu qui passionne. Il y a des gens vraiment super et profondément attaché à l’océan. Généralement leur passion va avec l’envie de le protéger. Quand on baigne dedans depuis tout petit, c’est juste normal. Je pense que j’aurais aussi aimé vivre en haute montagne, que j’ai eu la chance de découvrir en été et en hiver lors de mes voyages en Europe.

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As-tu une anecdote ou un souvenir particulièrement marquant à nous raconter ?

Pour la blague, je me souviens avec vu l’interview NeOcean et le Ô Micreau de Ben – qui est un très bon copain – et de l’avoir gentiment taquiné. Maintenant c’est mon tour !

Nous, on s’en lasse pas et on la trouve très bien sa vidéo ! © NeOcean

Bon assez parlé de moi, je vais vous raconter une anecdote avec Robert Teriitehau ! Qui n’a pas une anecdote avec Robert ? Je vous mets le décor : 2014, dernière étape du tour pro a Tuttle bay sur le fameux North shore. Les vagues sont au rendez-vous, peut-être même un peu trop, ce qui rend la sortie de la baie difficile. Les copains hésitent à y aller et arrive Robert qui nous dit : “c’est bon, ça passe” ! Sans avoir vu le spot bien sûr… Ça me motive, j’y vais ! J’arrive plus ou moins à passer la barre de vagues pendant l’échauffement. Robert me rejoint et me dit : “punaise, Titou ça va être chaud de sortir”.

L’inscription était déjà payée, nous n’avions plus le droit de faire machine arrière… On est finalement passé mais on a mis du temps ! Il faut savoir que ce jour là, Robert n’a pas fini la course, il s’est fait prendre sur le récif, au niveau de Pipeline, par une grosse vague décalante ! Je vous laisse l’interviewer pour avoir sa version…

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Quand tu n’es pas sur l’eau en train de ramer, quelles sont tes occupations ?

On a la chance en Nouvelle-Calédonie d’avoir un magnifique terrain de jeu et de pouvoir aller vadrouiller en mer ET en montagne. C’est un univers que j’aime beaucoup aussi même si je suis plus souvent sur l’eau. En dehors des entrainements, j’aime naviguer et aller à la barrière surfer ! Mais le rythme « va’a – SUP – boulot » me prend déjà beaucoup de temps. Et j’aime bien me reposer aussi…

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Un dernier mot ou une dernière actu champion ?  

J’ai hâte que les beaux jours reviennent, avec un peu plus de chaleur et des journées plus longues. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait d’hiver calédonien, je n’étais plus habitué ! J’ai hâte de l’été !!

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