Entretien avec Thierry Galois, président de l’Association des Amis du Freelance
Construit en 1914 à Vancouver sous le nom de « Bella E », le yawl « Freelance » est probablement l’un des plus anciens voiliers encore présents en Nouvelle-Calédonie. Après avoir traversé le Pacifique il y a plusieurs décennies, il repose aujourd’hui à Nouméa dans un état qui exige une intervention urgente.
C’est pour le sauver et lui offrir une seconde vie au service de la solidarité dans le Pacifique que Thierry Galois, illustrateur, marin et passionné de patrimoine, a fondé l' »Association des Amis du Freelance« . Rencontre avec un homme qui se bat pour préserver le patrimoine maritime calédonien.
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Thierry Galois, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de ce qui vous a conduit à créer l' »Association des Amis du Freelance » ?
Je suis illustrateur, auteur et dessinateur de presse, écrivain et scénariste en Nouvelle-Calédonie depuis près de trente ans. Mais avant tout cela, j’ai été marin. J’ai convoyé des voiliers en transatlantique entre la métropole et les Caraïbes, et j’ai été conservateur à bord du « Silver Shadow » à Antibes dans les années 1990. La mer, c’est viscéral pour moi : ça ne se raconte pas vraiment, ça se ressent.
« Quand j’ai découvert le yawl « Freelance », j’ai immédiatement compris que ce bateau représentait bien davantage qu’une vieille coque en bois. C’est un témoin de plus d’un siècle d’histoire maritime, probablement l’un des plus anciens voiliers encore présents en Nouvelle-Calédonie. Il était impensable de le laisser disparaître ! »



C’est pour cette raison que nous avons créé l’Association des Amis du Freelance. Notre ambition est de sauver ce patrimoine exceptionnel, de le restaurer dans le respect de son histoire et, surtout, de lui offrir une nouvelle vie utile. Notre démarche repose sur six valeurs : « Sauvegarder – Restaurer – Transmettre – Former – Solidarité – Coopération dans le Pacifique« . Nous voulons faire de ce chantier un projet collectif réunissant institutions, entreprises, écoles, associations, bénévoles et passionnés autour d’un patrimoine commun.
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Parlez-nous du Freelance : quelle est son histoire et quel est votre projet de restauration ?
Le Freelance a été construit en 1914 à Vancouver sous le nom de Bella E. Grâce à un important travail de recherche mené avec Bibliothèque et Archives Canada, nous avons commencé à retracer son histoire, ses propriétaires successifs, ainsi que ceux qui l’ont conçu et construit. Après avoir traversé le Pacifique il y a plusieurs décennies, il navigue aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie… et il mérite d’y être préservé.
Notre objectif est de restaurer le bateau dans les règles de l’art. Nous souhaitons installer un véritable chantier patrimonial au Port autonome de Nouméa, pour que cette restauration soit également un lieu de transmission des savoir-faire traditionnels : charpente navale, gréement, mécanique marine, menuiserie… Nous voulons également documenter l’intégralité de cette aventure à travers un documentaire, afin de conserver une mémoire vivante de cette restauration.
Plusieurs partenaires institutionnels et privés nous accompagnent déjà dans cette première phase, qui consiste à mettre rapidement le bateau en sécurité avant le début des travaux.
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Qui sont vos partenaires et comment se structure le projet autour d’eux ?
Depuis quelques semaines, le projet a pris une dimension que nous n’imaginions pas au départ. La province Sud soutient activement notre démarche ; nous travaillons également avec le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, Innovation NC, le Port Autonome, des entreprises locales, des établissements de formation, des associations et de nombreux bénévoles. Nous avons aussi pris contact avec Bibliothèque et Archives Canada qui nous aide à retrouver l’histoire complète du voilier.
Notre objectif est de créer un chantier exemplaire capable de fédérer des compétences très diverses autour d’un projet commun. Chaque entreprise peut apporter son savoir-faire, chaque bénévole peut transmettre son expérience et chaque partenaire devient un acteur de la sauvegarde d’un patrimoine exceptionnel.


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Quelle sera la vocation du Freelance une fois restauré ?
C’est probablement l’aspect le plus important du projet. Nous ne restaurons pas le Freelance uniquement pour qu’il soit exposé dans un port mais nous voulons qu’il continue à naviguer !
« Une fois restauré, le voilier sera utilisé comme navire de fret léger au service d’actions humanitaires et solidaires. »
Il pourra transporter du matériel médical, des médicaments, des fournitures scolaires, des vêtements, des outils ou du matériel de première nécessité vers certaines îles ou zones isolées de Nouvelle-Calédonie, et à terme vers d’autres territoires du Pacifique lorsque les partenariats le permettront.
Pour assurer son autonomie financière, nous étudions également la possibilité de réaliser ponctuellement des opérations de fret inter-îles rémunérées. Les recettes seraient intégralement consacrées à l’entretien du navire afin d’assurer sa pérennité sans dépendre exclusivement des subventions publiques.
À plus long terme, une autre idée commence à émerger : de nombreux propriétaires de voiliers en Nouvelle-Calédonie nous ont déjà fait part de leur envie de participer bénévolement à certaines missions. Nous imaginons qu’un jour, lors d’une opération humanitaire importante, le Freelance puisse devenir le navire amiral d’une flottille de voiliers volontaires transportant eux aussi du matériel de première nécessité. Ce serait un formidable symbole de solidarité maritime calédonienne !
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Vous souhaitez lancer un appel urgent à vos partenaires. Quelle est la situation aujourd’hui ?
Oui, et je veux être très clair sur ce point : le Freelance est toujours à flot mais son maintien en sécurité repose sur une surveillance constante et sur un système de pompes automatiques destiné à empêcher toute entrée d’eau. Chaque jour qui passe augmente les risques ; notre priorité n’est plus seulement de préparer un projet de restauration : elle est désormais de préserver le bateau suffisamment longtemps pour que cette restauration puisse avoir lieu.
« Nous comprenons parfaitement que les procédures administratives, les études techniques, les assurances et les conventions soient nécessaires. Et elles sont légitimes ! Mais pendant que ces démarches suivent leur cours, le temps, lui, ne s’arrête pas. Le bateau continue de vieillir…«
Notre association est entièrement composée de bénévoles. Depuis des mois, nous consacrons notre temps, notre énergie et nos moyens personnels à maintenir le navire en état, à rencontrer les partenaires, à construire un dossier solide, à rechercher des financements. Mais nos capacités atteignent aujourd’hui leurs limites. Nous ne disposons d’aucune trésorerie permettant d’engager seuls les premières opérations de sécurisation indispensables : sortie de l’eau, mise sur bers et installation du chantier.
C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui un appel à l’ensemble de nos partenaires. Une aide logistique, technique, matérielle, humaine ou financière peut faire la différence. Il ne s’agit pas seulement de sauver un bateau ancien, il s’agit de préserver un témoin unique de notre patrimoine maritime, un futur chantier de transmission des savoir-faire, un projet fédérateur pour la Nouvelle-Calédonie et, demain, un outil au service de la solidarité dans le Pacifique. Le temps est aujourd’hui notre principal adversaire.


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Un dernier mot pour conclure ?
Le Freelance est bien plus qu’un bateau. C’est une histoire qui relie Vancouver à la Nouvelle-Calédonie depuis plus d’un siècle. C’est un patrimoine que nous avons la chance d’avoir encore sous les yeux mais c’est surtout un projet profondément humain.
Nous souhaitons que chacun puisse y trouver sa place : entreprises, institutions, écoles, associations, marins, artisans, bénévoles ou simples passionnés. Nous sommes convaincus qu’en réunissant toutes ces énergies, nous pouvons faire du Freelance un véritable ambassadeur du patrimoine maritime calédonien et un outil concret de solidarité dans le Pacifique.
Et notre rêve, c’est qu’un jour, une fois entièrement restauré, le Freelance puisse revenir naviguer à Vancouver – son port de naissance – plus d’un siècle après sa construction. Ce serait une manière de rendre hommage à ceux qui l’ont construit et de démontrer qu’un patrimoine peut traverser les générations lorsqu’une communauté décide de le préserver.
Intéressés par le projet ? Contactez l’Association (lesamisdefreelance@gmail.com) ou Thierry Galois (tegillustrateur@lagoon.nc) ou RDV sur le groupe Facebook dédié.
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